Conférence Internationale à Marrakech


La conférence internationale sur l'Holocauste et le monde musulman attire de grands noms à Marrakech


La ville marocaine de Marrakech a accueilli les 11 et 12 décembre 2018 une conférence internationale sur l'enseignement des leçons historiques de l'Holocauste et des autres grandes tragédies de l'Histoire qui a rassemblé des dizaines de hauts fonctionnaires, historiens, universitaires et éducateurs de quarante pays du monde entier. Leah Pisar, présidente du Projet Aladin a décrit l’évènement comme « une avancée majeure et sans précédent ». Le Projet Aladin, ONG internationale basée à Paris a organisé la conférence en coopération avec les universités de Rabat et de Marrakech et en partenariat avec l'UNESCO.

« C’est notre quatrième conférence internationale sur l’enseignement de l’histoire de l’Holocauste au XXIe siècle après des conférences analogues à Istanbul, Bakou et Dakar», a déclaré le Dr Pisar, ancienne conseillère du président Bill Clinton et fille du défunt Samuel Pisar, survivant d’Auschwitz. « Alors même que nous organiserons sept autres conférences en Asie et en Afrique au cours des deux prochaines années, la conférence de Marrakech marque sans aucun doute un tournant en ce qui concerne le niveau de soutien gouvernemental, les exposés et présentations scientifiques et l'enthousiasme du public", a déclaré le Dr Pisar. Elle a remercié le ministre de l'Éducation, le professeur Saaid Amzazi, pour le ferme soutien de son ministère pour l'initiative et a exprimé la gratitude du Projet Aladin envers Ahmed Toufiq, ministre des Affaires islamiques, pour avoir offert le magnifique musée Mohammed VI pour la civilisation de l'eau comme lieu de la conférence.

Le ministre de l'Education, le professeur Amzazi, a déclaré à la conférence que son pays considérait que l'enseignement des leçons des grandes tragédies de l'histoire, y compris celle de l'Holocauste, constituait un élément important de l'éducation. Il a de plus cité le message du roi Mohammed VI à la conférence de lancement du Projet Aladin en 2009 ainsi que son message à la conférence de l'UNESCO sur la lutte contre l'antisémitisme à New York en septembre 2018 afin de souligner la position de longue date du Maroc concernant la nécessité de reconnaître, de commémorer et de tirer les leçons de l'Holocauste et d’honorer les dirigeants et les citoyens du monde arabe et musulman qui ont offert un refuge aux Juifs et qui les ont sauvés des nazis.

« Qu'il n'y ait pas de doute: nous marquons l'histoire aujourd'hui dans cette salle", a déclaré André Azoulay, conseiller du roi du Maroc et figure fondatrice du projet Aladin, qui a qualifié le succès de cette conférence comme le fruit d'une décennie de travail de la part du Projet Aladin et de ses nombreux supporters au Maroc. Il a rappelé à l'auditoire que la mission première du projet Aladin était de sensibiliser le monde musulman à l'Holocauste et de "réveiller la conscience" du monde juif pour rappeler que, lorsque l'Europe chrétienne était tombée sous la domination nazie, le Maroc de Mohammed V avait offert refuge aux Juifs. M. Azoulay a encouragé tous les participants à «porter les messages de solidarité et de réconciliation partagés lors de la conférence et à suivre l'exemple du Maroc, un pays islamique qui a prospéré en reconnaissant toutes les cultures et les civilisations qui l'ont façonné à travers l'histoire: Amazigh, Musulman et juif ».

Serge Berdugo, président de la Communauté juive du Maroc, a fermement soutenu les propos d'André Azoulay et a témoigné personnellement de la politique de feu Mohammed V de rejeter les pressions du gouvernement de Vichy. Abdelhak El Merini, historien officiel du Royaume du Maroc, le professeur Jamaa Baida, directeur des Archives nationales du Maroc, et les historiens Mohammed Kenbib et Mohammed Oujamea ont présenté des documents d'archives et des études historiques pour éclairer davantage le courage et la vision humaniste du dirigeant du Maroc.

Plusieurs autres Justes musulmans ont également été honorés lors de la conférence, alors que leurs actions ont été décrites par leurs descendants, les chercheurs et les historiens. Aziza Benghabrit Zouaï, fille de Si Kaddour Benghabrit, fondateur et directeur de la Grande Mosquée de Paris pendant la seconde guerre mondiale, a évoqué la décision de son père de sauver plusieurs familles juives de la Gestapo en déclarant aux nazis qu’ils étaient musulmans. Edmond Panariti, député albanais et ancien ministre des Affaires étrangères, a parlé de ses parents, Isuf et NIqi Panariti, qui avaient caché des familles juives pendant l'occupation nazie de Thessalonique en Grèce. Mahdieh Zardiny, producteur du documentaire «Enigma de Sardari», a parlé d'Abdol-Hossein Sardari, consul iranien à Paris lors de l’occupation, qui a sauvé des dizaines de Juifs iraniens.

L’Ambassadeur Mehmet Samsar, Directeur général des affaires consulaires au ministère des Affaires étrangères turc, a évoqué le documentaire «Le passeport turc», qui raconte l’histoire de plusieurs diplomates turcs qui ont sauvé de nombreux Juifs de la déportation dans la France et la Grèce occupées par les nazis.

Une importante table ronde sur le rôle des religions dans l'enseignement des leçons de l'histoire, telle que l'Holocauste, a été présidée par le professeur Tudor Parfitt, éminent historien et auteur britannique, et a été marquée par les remarquables contributions de M. Ahmed Abbadi, secrétaire général de Rabita Mohammadia des Ulémas du Maroc; Monseigneur Jean-Marc Aveline, évêque de Marseille; Le grand rabbin Albert Guigui, grand rabbin de Bruxelles; Moshe Lewin, vice-président de la Conférence des rabbins d'Europe; Mohammed Moussaoui, président émérite du CFCM et le professeur Steven Katz, auteur de nombreux ouvrages sur les religions comparées et le mysticisme.

Une discussion sur le contenu et la méthodologie de l’enseignement des réalités de l’Holocauste, présidée par Karel Fracapane de l’UNESCO, a réuni Alain Chouraqui, président fondateur de la Fondation Camp des Milles; Claude Singer, chef du département Education au Mémorial de la Shoah à Paris; Nir Boms du Centre Moshe Dayan de l'Université de Tel Aviv; Mina Abdelmalak, du United States Holocaust Memorial Museum, et Rosvita Krajinovic, de l'Alliance internationale de la mémoire de l'Holocauste (IHRA).

La deuxième journée de la conférence a été consacrée aux relations entre juifs et musulmans au Maghreb, avec les contributions de Benjamin Stora, historien français de référence sur l'Algérie; Habib Kazdaghli, ancien doyen de l'Université de Manouba en Tunisie; le Professeur Mohamed Medlaoui de l'Institut de recherche scientifique de Rabat, ainsi que la peintre et productrice musicale Francine Disegni et le cinéaste Kamal Hachkar.

L'ancien ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a qualifié la conférence de "rayon d'espoir dans un monde qui s'assombrit" et a donné des exemples concrets, tirés de ses quarante années de carrière au service d'objectifs humanitaires, montrant que les leçons de l'Holocauste n'ont pas été retenues. L'ancien président du Congrès juif européen, Michel Friedman, dont les parents ont été sauvés des chambres à gaz nazies par Oskar Schindler, s'est dit ravi que des dizaines d'étudiants marocains assistent à la conférence. Il leur a dit: «Ce que vous pouvez apprendre de l'Holocauste, c'est que la haine verbale est le point de départ crucial de la violence, et il est de notre devoir d'empêcher qu'un point final de violence ne se reproduise. »

Eric de Rothschild, vice-président du projet Aladin et président du mémorial de la Shoah en France, a salué le soutien des autorités marocaines à la conférence et a remercié le ministre marocain de l'Education d'avoir pris la direction de ses collègues du monde musulman en Afrique et en Asie dans ce domaine.

Yves Kugelmann et Dominique Bocquet, membres du conseil d’administration du Projet Aladin, ont également pris la parole au cours d’une table ronde animée par Renaud Girard, chroniqueur pour les affaires étrangères du quotidien français Le Figaro et professeur de relations internationales.

Abe Radkin, directeur exécutif du Projet Aladin, a salué la présence de plus de cinquante dirigeants politiques, historiens de renom et experts en éducation du monde entier et de dizaines de hauts fonctionnaires et d’universitaires marocains à la conférence. Il a remercié l'UNESCO pour son partenariat de longue date avec le Projet Aladin et son soutien à la conférence, qui a été souligné par la présence de la Directrice générale de l'UNESCO, Madame Audrey Azoulay, au déjeuner qui a marqué la fin de la conférence. Abe Radkin a également souligné les efforts sans faille du professeur Mohammed Rhachi, président de l'Université Mohammed V, et du professeur Abdellatif Miraoui, président de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, ainsi que de leurs équipes pour faire de la conférence un grand succès.

La Claims Conférence basée à New York, la Fondation française pour la mémoire Shoah, la Fondation Edmond J. Safra, la Fondation Rothschild et l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) étaient les principaux sponsors de la conférence.

Les chaînes de télévision et de radio marocaines et plus de vingt medias ont diffusé des informations sur la conférence.