Les Juifs dans l’Empire Ottoman et en Turquie

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Le judaïsme ottoman se composait de plusieurs communautés qui s'étaient implantées à des époques différentes. Le groupe le plus ancien était constitué par les « Romaniotes » ou « Grecs ». La plupart d'entre eux avaient été exilés à Istanbul par Mehmet II dans le troisième quart du XVe siècle. Ce n'est qu'en de rares endroits, notamment à Janina, en Grèce, qu'il restait des Juifs romaniotes conservant leurs coutumes jusqu'à une date tardive. A ce groupe appartenaient les Karaïtes, dont le nombre ne cessa de baisser pendant la période ottomane. Les communautés Karaïtes habitaient Istanbul et la presqu'île de Kerme. Il y avait aussi des Karaïtes à Damas, à Jérusalem et au Caire.

 

Un autre groupe comprenait les Ashkénazes, arrivés en grand nombre après leur expulsion de plusieurs Etats germaniques dans le deuxième quart du XVe siècle et qui continuèrent d'affluer durant les siècles suivants de leur plein gré ou contraints et forcés.

 

Le groupe le plus important était formé par les Juifs originaires de la péninsule Ibérique (Espagnols et Portugais) et les Juifs d'Italie et de Sicile. Un nombre croissant de Juifs espagnols arriva dans le bassin méditerranéen dès les pogroms de 1391, mais les vagues d'émigration les plus importantes eurent lieu, naturellement, au lendemain de l'expulsion d'Espagne (1492), du Portugal (1497), de Navarre (1498) et de Sicile.

 

Face à l'expulsion des juifs de l'Espagne par le couple royal espagnol Isabelle I et Ferdinand II, le sultan Bâyezid Il recommanda à ses fonctionnaires «de ne pas repousser les juifs ni de leur créer des difficultés, mais de les accueillir convenablement». C'est ainsi que de nombreux juifs d'Espagne se virent alors protégés dans le royaume ottoman, à l'abri des persécutions religieuses.

 

En mars 1556, après que le pape Paul IV eut fait périr sur le bûcher 25 marranes (des juifs baptisés de force), le sultan Soliman adressa au pape un message par lequel il exprimait son désir de voir la libération immédiate des prisonniers juifs, que le sultan considérait comme des citoyens ottomans. Le souverain pontife dut céder devant l'insistance du sultan.

 

Les Juifs de l'Empire ottoman étaient indiscutablement des citadins. Ils se concentraient surtout dans les villes situées sur les routes commerciales de l'Empire. Il n'est donc pas surprenant que, dès le XVIe siècle, Istanbul et Salonique aient abrité les plus importantes communautés juives  de l'Empire, et que même Izmir qui devint dans le deuxième quart du XVII e siècle l'un des pôles commerciaux les plus actifs du bassin méditerranéen, ait vu naître une grande communauté.

 

Les Juifs citadins habitaient à proximité des marchés et des ports, où beaucoup trouvaient de quoi subvenir à leur besoin. Les communautés juives à l'intérieur des frontières de l'Empire avaient également des relations suivies avec celles du dehors. Il faut noter les liens familiaux et commerciaux  entre les membres de la « nation » hispano-portugaise établis en Orient et ceux résidant dans le nord de l'Italie ou l'Europe occidentale. Ce réseau contribua grandement à unifier la diaspora Sépharade. Les activités commerciales et la mobilité des Juifs à cette époque jouèrent  un rôle important dans l'instauration et le maintien de ces relations.

 

Les autorités ottomanes n'avaient pas posé de restrictions sur les activités professionnelles des minorités religieuses, la seule limite était l'enrôlement dans l'armée ou l'entrée dans les rouages du pouvoir et de l'administration. Les dhimmi jouissaient donc d'une totale liberté dans ce cadre, et les autorités n'étaient pas impliquées dans la politique économique et dans la vie commerciale, sauf en ce qui concernait le suivi de la fourniture des denrées alimentaires et matières premières à des prix fixés. La diversité des activités engendrait des écarts sociaux au sein de la société juive et renforçait ses liens avec la société non juive.

 

Au début de la République turque en 1923, les relations judéo- turques n'étaient pas idylliques. Bien qu'ils eussent été un modèle de loyauté envers l'Empire ottoman et qu'ils le fussent encore à l'égard de la République, les Juifs furent souvent victimes d'une législation défavorable, firent l'objet de critiques dans la presse et suscitèrent l'hostilité des groupes extrémistes musulmans et d'éléments marginaux antisémites, tout en entretenant des relations cordiales avec la société musulmane  et en jouissant d'une certaine aisance matérielle.

 

Au cours des années 1920 -1930 les Juifs firent l'objet de critiques parce qu'ils parlaient le judéo-espagnol, et l'enseignement du turc remplaça celui de l'hébreu et du français dans les écoles juives. Une loi de 1932  interdit l'enseignement religieux dans toutes les écoles turques  et les cours de langue et sur la Bible dans les écoles juives durent être dispensés par des enseignants laïques.

 

Les jeunes générations parlent le turc ou l'anglais. Vivant en majorité à Istanbul, ils connaissent depuis les années 1950-1960 une mobilité sociale ascendante comme d'autres groupes de la population turque.

 

Entre tradition et modernité, la principale institution du judaïsme turc est le Grand Rabbinat qui s'entoure d'un conseil laïc. La communauté juive heureuse en Terre d'Islam, elle commence à se sentir menacée par l'intégrisme musulman actif en Turquie.