Les Enfants et la Shoah

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La Shoah et les enfants

Les enfants furent des victimes des Nazis particulièrement vulnérables. On estime que 1.5 million d'enfants juifs fut exterminé en Allemagne et en Europe occupée.

 

Dans les ghettos, nombreux furent les enfants qui moururent en raison du manque de nourriture, de vêtements ou de soins. Les Nazis considéraient que les enfants des ghettos étaient improductifs. Ils n'étaient en général pas utilisés pour le travail forcé, ce qui augmentait leurs risques d'êtres déportés plus tôt vers les camps de concentration et les camps d'extermination. Les enfants juifs furent parmi les premières victimes lorsque les Allemands et leurs collaborateurs cherchèrent à détruire les communautés juives en assassinant par fusillades ou en déportant vers un camp d'extermination.

 

Après la sélection à Auschwitz et dans les autres camps d'extermination, la majorité des enfants était envoyée directement dans les chambres à gaz. Il n'avait aucune chance d'être sélectionnés pour le travail. Quelques enfants des camps, en particulier des jumeaux, furent utilisés pour les expériences médicales nazies. Des enfants furent également abattus par les SS et les forces de police en Pologne et en Union soviétique. Les présidents des Conseils juifs (Judenrat) étaient contraints de prendre des décisions déchirantes pour remplir leurs quotas d'enfants destinés à la déportation. Janusz Korczak, célèbre pédiatre polonais et directeur d'un orphelinat dans le ghetto de Varsovie, refusa d'abandonner les enfants dont il avait la garde. Il les accompagna dans le transport jusqu'à Treblinka, où il fut assassiné avec eux.

 

Malgré les persécutions, de nombreux enfants trouvèrent des moyens de survivre. Beaucoup d'enfants firent passer clandestinement de la nourriture dans les ghettos. Certains enfants ou adolescents participant à des mouvements de jeunesse furent actifs dans la résistance ; d'autres participèrent à des évasions vers des camps de familles de partisans. Certains non-Juifs fournirent des cachettes aux enfants juifs et parfois, comme dans le cas d'Anne Frank, à d'autres membres de leurs familles. En France occupée, les habitants du Chambon-sur-Lignon cachèrent des enfants juifs, les sauvant ainsi de la déportation.

 

Kindertransport (Transport des enfants) fut le nom non officiel donné à une opération de secours qui amena des milliers d'enfants juifs réfugiés d'Allemagne nazie et des territoires occupés par l'Allemagne en Grande-Bretagne entre 1938 et 1940. Après les violences antisémites qui marquèrent la «Nuit de cristal» en novembre 1938, le gouvernement britannique rendit moins contraignantes les restrictions en matière d'immigration pour certaines catégories de réfugiés juifs. Le British Committee for the Jews of Germany, en collaboration avec le Movement for the Care of Children from Germany, parvint à le convaincre de permettre à un nombre indéterminé d’enfants de moins de 17 ans en provenance d’Allemagne et des territoires occupés par l’Allemagne (Autriche et Sudètes) d’entrer en Grande-Bretagne. Des citoyens privés ou des organisations devaient s’engager à subvenir à leurs besoins et à leur éducation et à prendre en charge leur émigration finale hors de Grande-Bretagne. En contrepartie de cet engagement, le gouvernement britannique accepta de permettre à des enfants réfugiés non accompagnés d’entrer dans le pays munis de simples visas de tourisme. Les parents ou les tuteurs n’étaient pas autorisés à accompagner les enfants. Quelques enfants en bas âge sous la garde d’autres enfants furent inclus dans le programme.

 

Le premier convoi d’enfants arriva à Harwich, en Grande-Bretagne, le 2 décembre 1938. Il s’agissait d’environ 200 enfants provenant d’un orphelinat juif de Berlin. Le dernier transport en provenance d’Allemagne quitta ce pays en septembre 1939, juste avant le début de la guerre. Le dernier transport en provenance des Pays-Bas partit le 14 mai 1940, le jour où ce pays se rendait à l’Allemagne. La plupart des transports se firent par train, au départ de Berlin, de Vienne, de Prague et d’autres grandes villes d’Europe centrale. Les trains rejoignaient un port de Belgique ou des Pays-Bas d’où les enfants embarquaient pour Harwich. Au moins l’un des premiers transports partit du port allemand de Hambourg. Certains des enfants provenant de Tchécoslovaquie voyagèrent par avion directement en Grande-Bretagne. En tout, cette opération de sauvetage permit de faire immigrer en Grande-Bretagne de 9 000 à 10 000 enfants, dont 7 500 enfants juifs, provenant d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie et de Pologne. Il convient de signaler cependant que des centaines d’entre eux se retrouvèrent pris au piège en Belgique et aux Pays-Bas lors de l’invasion allemande.

 

Après leur arrivée à Harwich, ceux d’entre eux qui étaient parrainés étaient envoyés à Londres pour faire la connaissance de leurs familles d’accueil. Les autres étaient hébergés dans une colonie de vacances de Dovercourt Bay et dans d’autres centres jusqu’à ce que des familles acceptent de les prendre en charge ou que des structures d’accueil en mesure de recevoir des groupes d’enfants plus nombreux soient mises en place. Nombreux furent les particuliers et les organisations qui participèrent à cette opération de sauvetage. Sur place en Grande-Bretagne, c’est le Movement for the Care of Children from Germany qui en assura la coordination. Des Juifs, des Quakers et des chrétiens de nombreuses confessions travaillèrent de concert pour amener les enfants réfugiés en Grande-Bretagne. Environ la moitié des enfants furent placés dans des familles d’accueil, l’autre moitié séjournant dans des auberges de jeunesse et des fermes sur l’ensemble du territoire britannique.

 

Des organisations juives établies au sein du Reich - notamment le Conseil central des Juifs allemands, dont le siège était à Berlin (et, après 1939, l’organisation qui lui succéda, l’Association des Juifs d’Allemagne) et l’Organisation communautaire juive (Kultusgemeinde) de Vienne - se chargèrent d’organiser les transports. Elles favorisaient en général les enfants dont l’émigration était urgente parce que leurs parents étaient en camp de concentration ou n’étaient plus en mesure de s’occuper d’eux. La priorité était donnée aussi aux enfants sans domicile et aux orphelins.

 

En 1940, les autorités britanniques firent interner en tant qu’étrangers ennemis environ 1 000 enfants qui étaient venus jusque là, sur l’Ile de Man et dans d’autres camps d’internement au Canada et en Australie. Malgré cette qualification d’étrangers ennemis, certains des jeunes garçons s’enrôlèrent plus tard dans l’armée britannique et combattirent contre l’Allemagne.

 

Après la guerre, de nombreux enfants du programme de transport d’enfants devinrent citoyens britanniques ou émigrèrent en Israël, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie. La plupart de ces enfants ne revirent jamais leurs parents, exterminés pendant la Shoah.