La Machine à Tuer

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Les camps de concentration, 1933-1945


Les opposants politiques - essentiellement des Communistes, des Démocrates sociaux et des syndicalistes - furent les premières victimes des persécutions dans l'Allemagne nazie. Les Témoins de Jéhovah qui refusaient de servir dans l'armée allemande et de prêter le serment d'obédience à Adolf Hitler, furent également visés. Les homosexuels allemands, dont l'orientation sexuelle était considérée comme constituant un obstacle au sain développement de la population allemande furent aussi victimes des persécutions. Des dizaines de milliers furent emprisonnés, et environ 15 000 jetés dans un camp de concentration à l'issue de leur peine.


Les Nazis persécutèrent les hommes qu'ils considéraient appartenir à une race inférieure. L'idéologie raciale nazie visait principalement les Juifs, mais s'étendait aussi aux Tsiganes, aux Slaves et aux noirs. Les Nazis considéraient les Juifs comment ennemis, de par leur "race" ; ils les soumirent à des arrestations et des internements arbitraires. A partir de 1941 ils les assassinèrent systématiquement. Les Tsiganes furent également visés par les persécutions pour des motifs raciaux. Les Nazis considéraient les Polonais et les autres Slaves comme relevant d'une race inférieure, et les destinaient à l'oppression, au travail forcé, et parfois à la mort. Les prisonniers juifs subirent les traitements les plus brutaux dans les camps de concentration nazis et la destruction systématique.


A partir de 1938, les Juifs des camps étaient identifiés par une étoile cousue sur leurs uniformes de prisonniers, étoile qui était un détournement du symbole juif de l'étoile de David. Après 1939, et avec quelques variantes d'un camp à l'autre, les catégories de prisonniers furent identifiées par un système de marquage combinant un triangle inversé coloré et des lettres, cousus sur leurs uniformes rayés. Les badges permettaient aux gardes SS de connaître le motif de l'incarcération.

Les criminels étaient distingués par un triangle inversé vert ; les prisonniers politiques portaient un triangle rouge ; les associaux, non-conformistes ou vagabonds portaient un triangle noir ; les Tsiganes, quant à eux, portaient un triangle marron. Les homosexuels étaient identifiés par un triangle rose, et les Témoins de Jéhovah par un triangle violet. Les prisonniers non allemands étaient identifiés par la première lettre du nom de leur pays en Allemand, qui était cousue sur leur badge. Les deux triangles qui formaient le badge en forme d'étoile des Juifs étaient jaunes, à moins que le prisonnier juif en question ne fît également partie d'une autre catégorie de prisonniers. Un prisonnier politique juif, par exemple, était identifié par un triangle jaune sous un triangle rouge.
A partir de 1941, les Nazis imposèrent l'étoile jaune (ou un brassard à l'étoile bleue dans le Gouvernement Général de Pologne) à tous les Juifs d'Europe, qu'ils se trouvent ou non dans un camp de concentration.

 

Les camps nazis

Les Allemands créérent de nombreux sites de détention pour emprisonner et éliminer les "ennemis de l'Etat", dont les plus terribles, les camps de concentration. La plupart des prisonniers des premiers camps de concentration furent des Communistes, des Socialistes, des Démocrates sociaux, des Tsiganes, des Témoins de Jéhovah, des homosexuels allemands, et d'autres personnes accusées d'avoir un comportement "asocial" ou socialement déviant.


Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en mars 1938, les Nazis arrêtèrent des Juifs allemands et autrichiens et les emprisonnèrent à Dachau, à Buchenwald et à Sachsenhausen, camps de concentration situés en Allemagne. Après les pogroms de la Nuit de cristal, en novembre 1938, les Nazis arrêtèrent 30 000 hommes juifs et les incarcérèrent dans des camps pendant de courtes périodes.


Les unités "Tête de mort" de la SS, qui avaient la tâche de garder les camps, rivalisèrent de cruauté. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les médecins nazis se livrèrent, dans certains camps, à des expériences médicales sur les prisonniers. Avec la guerre, le système des camps nazi prit rapidement de l'ampleur. Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne en septembre 1939, les Nazis ouvrirent des camps de travail dans lesquels des milliers de prisonniers moururent d'épuisement et de faim.


A la suite de l'invasion allemande de l'Union soviétique en juin 1941, les Nazis augmentèrent le nombre des camps de prisonniers de guerre. Certains camps furent construits comme extensions de camps de concentration existants, comme à Auschwitz, en Pologne occupée. Le camp de Lublin, connu plus tard sous le nom de Maïdanek, fut créé à l'automne 1941 comme camp de prisonniers de guerre, avant de devenir un camp de concentration en 1943. Des milliers de prisonniers de guerre soviétiques y furent abattus ou gazés.


Pour faciliter la "Solution finale" (le génocide des Juifs), les Nazis ouvrirent des camps d'extermination en Pologne. Chelmno, le premier camp d'extermination, fut ouvert en décembre 1941. Là, des Juifs et des Tsiganes furent gazés dans des camions à gaz. En 1942, les Nazis ouvrirent Belzec, Sobibor et Treblinka, trois camps d'extermination, afin d'y assassiner systématiquement les Juifs du Gouvernement Général (le territoire de la Pologne occupée, non annexé au Reich).


Les Nazis construisirent des chambres à gaz pour améliorer l'efficacité des procédures d'extermination et pour rendre le processus plus impersonnel pour ceux qui l'accomplissaient. A Auschwitz II-Birkenau, il y eut quatre chambres à gaz. Au moment de l'apogée des déportations, on y gaza jusqu'à 8 000 Juifs par jour.


Les Juifs vivant dans les territoires de l'Ouest de l'Europe occupés par les Nazis étaient d'abord déportés dans des camps de transit, comme par exemple Westerbork aux Pays-Bas ou Drancy en France. Les camps de transit étaient habituellement la dernière étape avant l'arrivée dans un camp d'extermination.
Les SS tuèrent plus de trois millions de Juifs dans les camps d'extermination de Pologne occupée.

 

Les camps d'extermination

Les camps d'extermination nazis furent construits dans l'unique but de perpétrer des meurtres de masse. A l'inverse des camps de concentration, qui faisaient surtout office de centres de détention et de travail, les camps d'extermination étaient presque uniquement des "usines de mort". Plus de trois millions de Juifs furent exterminés dans les camps d'extermination, soit gazés, soit abattus.


Le premier camp d'extermination fut celui de Chelmno, qui ouvrit dans le Warthegau (la partie de la Pologne annexée à l'Allemagne) en décembre 1941. Là, des Juifs, mais aussi des Tsiganes, furent assassinés dans des camions à gaz mobiles. En 1942, dans le Gouvernement Général de Pologne, les nazis ouvrirent les camps de Belzec, Sobibor et Treblinka (dans le cadre de l'Action Reinhardt) pour assassiner systématiquement les Juifs de Pologne. En octobre 1943, plus d' 1,7 million de Juifs avaient été gazés (dans des chambres à gaz fonctionnant au monoxyde de carbone) dans les camps de l'Action Reinhardt. Il y eut environ 120 survivants.


La plupart des autres déportés qui arrivaient dans les camps étaient immédiatement envoyés dans les chambres à gaz (à l'exception d'un petit nombre d'entre eux qui étaient choisis pour constituer des équipes de travail spéciales connues sous le nom de Sonderkommandos). Le plus grand camp d'extermination fut celui d'Auschwitz-Birkenau, où, au printemps 1943, fonctionnaient quatre chambres à gaz (qui utilisaient le gaz Zyklon B). A l'apogée des déportations, on gaza jusqu'à 8 000 Juifs par jour à Auschwitz-Birkenau. En novembre 1944, plus d'un million de Juifs et des dizaines de milliers de Tsiganes, de Polonais et de prisonniers de guerre soviétiques y avaient été gazés.


Un autre camp situé en Pologne, celui de Maïdanek, à l'origine camp de prisonniers de guerre puis camp de concentration, fut également un site d'exécutions massives. Environ 170 000 prisonniers furent tués à Maïdanek ; il s'agit presque exclusivement de Juifs, de civils, de soldats soviétiques et de civils polonais. La documentation disponible ne permet pas de déterminer exactement le nombre de personnes exterminées dans les chambres à gaz ou par d'autres moyens (abattues, pendues ou battues à mort). Les derniers des 18 000 prisonniers juifs du camp furent abattus dans des fosses le 3 novembre 1943, lors de l'Action Erntefest (opération "Fête de la moisson"), tandis que de puissants haut-parleurs diffusaient de la musique pour couvrir le bruit et les cris.


Les SS considéraient les camps d'extermination comme un secret d'Etat. Pour faire disparaître les traces des gazages, des unités spéciales de prisonniers (les Sonderkommandos) étaient obligées d'enlever les corps des chambres à gaz et de les incinérer. Les SS firent ensuite disparaître les traces de leurs crimes.

 

Les opérations de gazage

A la fin de l'année 1939, lors de l'extermination de malades mentaux ("euthanasie"), des médecins allemands commencèrent des expériences avec du gaz toxique en vue de l'extermination de masse. Euphémisme nazi, le terme "euthanasie" désignait l'extermination systématique des Allemands considés comme "indignes de vivre" en raison de leur maladie mentale ou de leur handicap physique. Six installations de gazage furent mises en place dans le cadre du Programme d'euthanasie : à Bernburg, Brandenburg, Grafeneck, Hadamar, Hartheim et Sonnenstein. Ces centres d'extermination utilisaient du monoxyde de carbone pur.


Après l'invasion de l'Union Soviétique par l'Allemagne en juin 1941 et l'extermination massive par arme à feu de civils par les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination), les nazis expérimentèrent des camions à gaz pour les exterminations. Il s'agissait de camions hermétiquement fermés, dont l'échappement était dirigé vers le compartiment intérieur. Les camions de gazage commencèrent à être utilisés lorsque les membres des Einsatzgruppen se plaignirent de fatigue physique et psychologique causée par le meurtre d'un grand nombre de femmes et d'enfants. Le gazage s'avéra également moins onéreux. Les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) gazèrent des centaines de milliers de personnes, principalement des Juifs, des Tsiganes et des malades mentaux. En 1941, les SS en arrivèrent à la conclusion que la déportation des Juifs dans les camps d'extermination (pour y être gazés) était le moyen le plus efficace de parvenir à la "Solution finale". La même année, les nazis ouvrirent le camp de Chelmno, situé en Pologne. Des Juifs de la région de Lodz, située en Pologne, et des Tsiganes y furent exterminés dans des camions à gaz.


En 1942, l'extermination massive systématique dans des chambres à gaz fixes (avec du monoxyde de carbone généré par des moteurs diesel) commença dans les camps de Belzec, Sobibor et Treblinka, tous situés en Pologne. Lorsque les victimes étaient jetées hors des wagons à bestiaux, on leur disait qu'elles allaient être désinfectées dans des "douches". Les gardes nazis et ukrainiens insultaient et battaient parfois les victimes, à qui ordre était donné d'entrer dans les "douches" les bras levés afin de pouvoir faire entrer le plus grand nombre de personnes possible dans les chambres à gaz. Plus l'entassement était grand dans les chambres à gaz, plus les victimes suffoquaient rapidement.


Les nazis cherchèrent constamment des procédés d'extermination plus efficaces. Au camp d'Auschwitz, situé en Pologne, ils expérimentèrent sur les prisonniers le Zyklon B (utilisé auparavant pour la fumigation) en gazant en septembre 1941 quelque 600 prisonniers de guerre soviétiques et 250 prisonniers malades. Les pastilles de Zyklon B se transformaient en gaz toxique au contact de l'air. Ce gaz se révéla être le produit de gazage le plus rapide et il fut choisi pour les exterminations en masse à Auschwitz. Au moment de l'apogée des déportations, on gaza jusqu'à 12 000 Juifs par jour à Auschwitz.


Même s'ils n'avaient pas été spécifiquement prévus pour servir de camps d'extermination, les camps de concentration tels que le Stutthof, Mauthausen, Sachsenhausen et Ravensbrück possédaient également des chambres à gaz. Elles étaient relativement petites, et avaient été construites pour les prisonniers que les nazis considéraient "inaptes au travail". La plupart de ces camps utilisèrent le Zyklon B dans leurs chambres à gaz.

 

Les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination)

Les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) étaient des escadrons de SS et de la police allemande qui suivaient l'avancée de l'armée allemande. Sous le commandement d'officiers de la Police de sécurité (Sipo) et du Service de sécurité (SD), ils reçurent pour mission, entre autres, d'exterminer ceux qui étaient perçus comme des ennemis politiques ou raciaux trouvés derrière les lignes de front en Union Soviétique occupée. Parmi leurs victimes, il y eut des Juifs (hommes, femmes et enfants), des Tsiganes, et des fonctionnaires de l'Etat soviétique et du Parti communiste. Les Einsatzgruppen assassinèrent également des milliers de patients dans des établissements psychiatriques. De nombreux chercheurs pensent que le massacre systématique des Juifs d'Union Soviétique occupée par les bataillons des Einsatzgruppen et la Police de l'ordre (Ordnungspolizei) constitue la première étape du programme nazi d'extermination de tous les Juifs européens.


Lors de l'invasion de l'Union soviétique en juin 1941, les Einsatzgruppen suivirent l'armée allemande et son avance au cœur du territoire soviétique. Les Einsatzgruppen, s'appuyant souvent d'une aide locale, conduisirent des opérations d'extermination de masse. Contrairement à ce qui se passait lors de la déportation de Juifs des ghettos vers les camps, les Einsatzgruppen allaient directement dans les communautés de Juifs et les massacraient.


L'armée allemande apportait un soutien logistique aux Einsatzgruppen, en leur fournissant approvisionnement, transport et logement. Au début, les Einsatzgruppen abattirent surtout des hommes juifs. Mais très vite, à partir du mois d'août 1941, leurs membres abattirent les aussi les femmes et les enfants juifs sans distinction d'âge ni de sexe, et les enterrèrent dans des fosses communes. A partir de la fin du mois de juillet 1941, des bataillons de la police d'ordre, sous le commandement de dirigeants de haut rang des SS et de la police récemment nommés dans les territoires occupés d'Union soviétique, lancèrent des opérations d'annihilation systématique des principales communautés juives.


Les Einsatzgruppen qui suivirent l'armée allemande en Union soviétique étaient répartis en quatre groupes opérationnels de la taille d'un bataillon chacun. L'Einsatzgruppe A s'occupait de la zone allant de la Prusse orientale en direction de Leningrad, et couvrant la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et d'autres territoires. L'Einsatzgruppe A massacra des Juifs à Kovno, Riga et Vilno. La zone de l'Einsatzgruppe B partant de Varsovie, en Pologne, et s'étendait en Biélorussie en direction de Smolensk ; cet Einsatzgruppe massacra des Juifs entre autres à Grodno, Minsk, Brest-Litovsk, Slonim, Gomel et Mogilev. La zone de l'Einsatzgruppe C débutait à Cracovie et Rzeszow (en Pologne occupée) et s'étendait en Ukraine en direction de Kharkov et de Rostov-sur-le-Don. Ses membres orchestrèrent des massacres à Lvov, Tarnopol, Zolochev, Kremenets, Kharkov, Kiev et ailleurs. De ces quatre unités, l'Einsatzgruppe D était celui qui opérait le plus au sud. Ses membres se livrèrent à des massacres dans le sud de l'Ukraine et en Crimée, en particulier à Nikolayev, Kherson, Simferopol, Sébastopol et Feodosiya.


Les Einsatzgruppen reçurent une aide importante des soldats allemands, hongrois et roumains, de collaborateurs locaux et d'autres unités SS. Les membres des Einsatzgruppen furent recrutés parmi les SS, les Waffen-SS (formation militaire des SS), dans le SD, la Sipo, dans la police d'ordre et dans d'autres unités de police.


Au printemps 1943, les Einsatzgruppen et des bataillons de la police d'ordre avaient tué plus d'un million de Juifs et des dizaines de milliers de commissaires politiques et de partisans soviétiques, de Tsiganes et d'handicapés mentaux. Les méthodes d'extermination mobiles s'avérèrent inefficaces et psychologiquement difficiles à supporter pour les assassins. Alors que ces assassinats sauvages étaient encore en cours, les nazis planifièrent et commencèrent la construction d'installations de gazage spéciales dans des camps d'extermination créés pour exterminer un nombre plus important encore de Juifs.

 

L'Action Reinhardt

L'Action Reinhardt fut le nom de code de l'opération d'assassinat des Juifs du Gouvernement général de Pologne. A l'origine, le nom de l'opération, lancée à l'automne 1941, se référait au secrétaire d'Etat aux Finances Fritz Reinhardt. Lorsque Reinhardt Heydrich, le chef de l'Office central de sécurité du Reich, fut assassiné par des partisans tchèques, en juin 1942, l'opération en cours prit son nom.
Dès juillet 1941, Heydrich avaient été chargé par Hitler de résoudre la question juive en Pologne, même si les modalités de cette opération n'étaient pas précisées, et qu'il n'est pas sûr que cela a signifié l'extermination systématique.


La direction de l'Opération Reinhardt fut confiée par Heinrich Himmler au général SS Odilo Globocnik, qui était à la tête de la SS et de la police dans le district de Lublin. Dès décembre 1941, des essais de gazage eurent lieu au camp de Chelmno/Kulmhof. Même si le camp ne dépendit pas directement de Action Reinhardt, il rentre dans le cadre plus général de celui-ci. Globocnik établit deux organismes distincts chargés de l'assassinat. Le premier, sous la direction du commandant SS Hermann Hoefle, était chargé de la coordination des déportations des Juifs depuis les ghettos jusqu'aux lieux de leur assassinat. Le second organisme, avec à sa tête le commissaire de police Christian Wirth, fut chargé de l'extermination proprement dite, et de la construction de trois camps qui servirent uniquement à la mise à mort : Belzec, Sobibor et Treblinka. Ces camps n'étaient pas des camps de concentration. Aucun déporté qui y arrivait n'était destiné à y demeurer. Tous devaient être assassinés.
Christian Wirth avait été l'un des responsables de la mise en œuvre de la politique d'euthanasie des handicapés et malades mentaux dans le Reich. A ce titre, il avait eu s'occuper des techniques de gazage par le monoxyde de carbone. C'est cette « expertise » qu'il utilisa pour la construction des trois camps d'extermination, avec l'aide d'un détachement de SS. Il fut assisté dans sa tâche par des responsables des diverses forces de police présentes dans le gouvernement général, le SD et la police d'ordre. L'emplacement des trois camps d'extermination de l'Action Reinhardt avait été choisi en fonction des voies ferrées et pour une répartition régionale du travail d'assassinat : Belzec pour le sud de la Pologne, Sobibor pour la région de Lublin et l'est du Gouvernement général et Treblinka pour le centre du pays et surtout le plus grand ghetto, celui de Varsovie.


La construction des trois camps commença à l'automne 1941. Les gazages commencèrent dès mars 1942 à Belzec, en mai 1942 à Sobibor et en juillet 1942 à Treblinka. Les victimes, amenées par trains, étaient assassinées dans des chambres à gaz au monoxyde de carbone généré par des moteurs. Dans chaque camp, de petits kommandos de Juifs étaient sélectionnés à leur arrivée, qui travaillèrent à nettoyer les wagons et à vider les cadavres des chambres à gaz et à les faire disparaître. Ces Sonderkommandos étaient régulièrement remplacés. Pendant l'année 1942, les cadavres étaient enterrés dans des fosses communes. Ensuite, les fosses furent rouvertes et les corps brûlés dans d'énormes bûchers (Sonderkommando 1005).


La grande majorité des victimes de l'Action Reinhardt furent des Juifs venus des ghettos de Pologne. Il y eut cependant aussi des Polonais, des Tsiganes et des prisonniers de guerre soviétique parmi les victimes. Une fois les camps d'extermination opérationnels, les ghettos furent liquidés et les Juifs furent déportés par voie ferroviaire vers ces centres d'extermination. Leur nombre demeure incertain. A Belzec, environ 600 000 Juifs furent assassinés, environ 250 000 à Sobibor et près de 870 000 à Treblinka. Des Juifs néerlandais, français, grecs de Macédoine et de Thrace, figurent parmi les victimes.


Au moins 1,7 millions de Juifs furent assassinés dans le cadre de l'Action Reinhardt. La fin de l'Opération avait été prévue pour décembre 1942. Les derniers gazages eurent cependant lieu en octobre 1943. Les camps furent ensuite démantelés. Dans son rapport final, Odilo Globocnik estima que la valeur des biens récupérés ayant appartenu à des Juifs s'élevait à 180 millions de Reichsmark. Les valeurs (pierres précieuses, or, devises), furent envoyés à la Reichsbank, la banque centrale allemande, à Berlin.