Vivre ensemble : un évêque, un rabbin et un imam donnent l'exemple


L’ÉVÊQUE, LE RABBIN ET L’IMAM N’ÉLUDENT RIEN. ET PRÔNENT L’UNION... SANS GOMMER LEURS DIFFÉRENCES

Entretien par Vincent Mongaillard et Florence Méréo, publié dans le Parisien le 12 septembre 2016
 
Ils ne s'entendent pas sur tout. Peuvent s’écharper sur le conflit israélo-palestinien, diverger sur Abraham, père de tous les croyants, ou se contredire sur la loi de 1905 sur la laïcité. Mais au-delà de leurs différences, Michel Dubost, évêque du diocèse d’Evry; Khalil Merroun, recteur de la grande mosquée d’Evry-Courcouronnes et Michel Serfaty, rabbin de Ris-Orangis, se retrouvent sur l’essentiel et sont unanimes sur un point, vital pour 66 millions de Français : l’avenir de notre République fragilisée par l’horreur terroriste passe par le vivre ensemble.
 
A l’heure des tensions entre confessions et des tentations de repli sur soi, ces trois hommes de foi officiant dans l’Essonne veulent coûte que coûte fédérer. Et donnent l’exemple, en première ligne, face aux défis à relever, face aux démons à anéantir. Leur département a, en effet, vu grandir Amedy Coulibaly, l’assassin de l’Hyper Cacher, et Ismaël Omar Mostefaï, l’un des trois assaillants du Bataclan. Dans un livre à paraître demain intitulé « l’Imam, l’Evêque et le Rabbin » signé de notre consœur Florence Méréo, reportrice au « Parisien » - « Aujourd’hui en France », ces très actifs dignitaires musulman, catholique et juif appellent à la fraternité.
 
L’été a été endeuillé par les attentats de Nice et l’assassinat du père Hamel. N’est-ce pas là l’échec du vivre-ensemble que vous incarnez ?
 
Michel Dubost : Le vivre-ensemble, on n’y arrive jamais complètement. Il y a une minorité qui n’en veut pas. Mais quand on est réunis tous les trois, même si on n’a rien à se dire, on voit bien que c’est possible ! Ce qui compte, c’est le symbole. Nous organisons un grand pique-nique au diocèse en octobre. Les attentats de cet été m’ont fait réfléchir : au lieu de faire de l’entre-soi catholique, nous l’ouvrons à tout le monde.
Khalil Merroun. Il faut reconstruire ce qui a été détruit depuis les années 1980. Le vivre-ensemble doit être enseigné dès l’enfance. J’en veux aux politiques qui ont parfois une ignorance totale de nos religions et lâchent des bombes intempestives qui font beaucoup de dégâts.
 
Michel Serfaty : Notre devise, c’est liberté, égalité, fraternité. Aucun peuple n’a pourtant légiféré sur la fraternité. Il faut la favoriser par des gestes au quotidien. Le dire ne suffit pas : nous devons agir en allant, ensemble, dans les cours d’école, les prisons… partout où l’on peut tendre la main.
 
Pour la première fois il y a quelques jours, un projet d’attentat en France a été élaboré par des femmes. Par quels messages peut-on toucher cette population ?
 
Michel Serfaty : Qu’une religion utilise une femme comme bouclier ou martyr est un non-sens total. Seule la vie doit émaner d’elle. La femme égale à l’homme participe au bien-être social. Disons-le-lui ! J’adore la photo où les boxeurs Estelle Mossely et Tony Yoka s’embrassent après leur médaille d’or aux JO de Rio. Il y a là un message presque messianique de ce que devrait être l’égalité homme- femme.
 
Khalil Merroun : En la valorisant et en lui apprenant qu’elle a acquis la liberté dès l’aube de l’islam. Personne ne peut l’obliger à quoi que ce soit, y compris à porter le voile. Dieu n’impose rien, alors pourquoi les hommes le feraient- ils ? Les femmes doivent avoir des responsabilités dans les mosquées, y devenir, par exemple, rectrices. Sans cela, nous ratons la formation d’une société saine et équilibrée.
 
Michel Dubost : La France est restée très IIIe République, avec l’image de l’épouse soumise au mari, comme si elle n’était pas capable de colère, d’autonomie. Que les femmes soient aussi violentes que les hommes, cela ne m’étonne pas. Il est urgent d’aller voir son voisin comme sa voisine. Dès que les gens sont enfermés dans leur milieu, ils deviennent bêtes et dangereux