«Tu ne feras pas d'idole, ni aucune image de ce qui est. Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne les serviras pas » :
la deuxième des Dix Paroles prohibe de fait toute représentation. Cependant, derrière cette exclusive, c'est moins l'art comme tel qui est visé qu'une certaine conception l'envisageant comme concurrent de la création divine.
À l'ombre de cet interdit, un art juif a ainsi pu se développer - destiné avant tout au rite et à la célébration divine, exprimant la vision d'un monde habité par la présence invisible de Dieu.
Des premiers sanctuaires aux synagogues, en passant par l'architecture du Temple, cette double exigence est très présente.
Depuis sa destruction en l'an 70, les objets rituels reprennent fréquemment des motifs stylisés du Temple, dont la nostalgie devint vite un thème central de la liturgie. D'autres arts mineurs, comme au Moyen Âge l'enluminure des livres, permettent aux Juifs d'exprimer une grande sensibilité artistique, ici influencée par les traditions chrétienne et musulmane.
La création artistique juive à l'aube du XXe siècle témoigne de l'éclatement des cadres sociaux et culturels du judaïsme traditionnel, notamment en terre ashkénaze. Certains artistes, tels Lissitzky ou Chagall, cherchent alors à intégrer leur héritage culturel aux avancées de l'art occidental ; tandis que d'autres laissaient transparaître dans leur œuvre, malgré l'absence de thèmes juifs identifiables, une angoisse existentielle propre au monde juif, tels Soutine, Modigliani, Rothko... Plus tard, l'émergence d'une scène israélienne renouvelle encore les motifs artistiques en les inscrivant, comme ceux de David Tartakover, Ofer Lellouche, dans des problématiques identitaires inédites.



