La Conférence internationale sur l’enseignement de la Shoah en Turquie met l'accent sur le Moyen- Orient et l’Afrique du Nord


 

Istanbul - La première conférence sur l'enseignement de la Shoah dans un pays musulman a réuni plus de 40 hauts fonctionnaires , universitaires , éducateurs du monde entier ainsi que 150 universitaires , enseignants et  chercheurs turcs  pour débattre et échanger sur les moyens  d’introduire l'enseignement de la Shoah et de sensibiliser le public au génocide des juifs d'Europe dans les pays du Moyen-Orient , d’ Asie , en  Afrique et  en Europe du Sud -Est.

L'illustre Université  de Galatasaray a accueilli le séminaire organisé par le Projet Aladin, une organisation non -gouvernementale basée à Paris  qui œuvre  à la promotion de l’histoire de la Shoah dans le monde musulman et au rapprochement   entre juifs et musulmans par le biais de la connaissance mutuelle. Le séminaire  a été organisé en coopération avec le United States Holocaust Memorial Museum de Washington (USHMM) et avec le soutien de International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), une organisation intergouvernementale composée de représentants du gouvernement et  experts de 31 pays.  Son président canadien Mario Silva et  l’Ambassadeur Sir Andrew Burns, qui assurera la présidence britannique de l’IHRA à partir de 2014, ont pris part aux sessions de travail et aux discussions.

Dans son allocution d’ouverture,  Abe Radkin, directeur exécutif du Projet Aladin a qualifié le séminaire « d’un événement décisif, car nous  concentrons nos efforts  au-delà de la lutte contre le déni et la banalisation de la Shoah sur l'éducation de ces pages sombres de l'histoire humaine. » Il a indiqué que le séminaire était la première de cinq conférences régionales que le Projet Aladin tiendrait dans le courant de l'année prochaine à Bakou, Astana, Dakar et Rabat.

Ors de la cérémonie d’ouverture qui a été couvert par les journaux et  chaines de télévision nationaux ainsi que la presse internationale, de nombreux dignitaires comme Isak Haleva, le Grand Rabbin de la Turquie; Laurent Bili , ambassadeur de France en Turquie; le consul général américain Charles Hunter; Moshe Kamhi , consul général  d’Israel ; Ethem Tolga, président de l'Université de Galatasaray et Ishak Ibrahimzadeh, président  de la communauté juive étaient présents.

Etaient également présent  des représentants du musée de l’Holocauste de Washington,  de Yad Vashem,  de la Fondation Française pour la Mémoire de la Shoah, ainsi que ceux d’organisations internationales telles que l'UNESCO, les Nations Unies et le Conseil de l'Europe. De hauts responsables des ministères turcs de l’éducation, des Affaires étrangères et des Affaires européennes  ainsi que des dizaines de chercheurs, universitaires,  historiens et enseignants turcs étaient parmi les participants et ont également participé à cette conférence  des hauts fonctionnaires et experts roumains, croates et sud- africains.

Une grande partie des discussions et des échanges étaient axés sur les raisons qui rendent nécessaires l’enseignement  de la Shoah dans un pays musulman où la Shoah n'a pas eu lieu, et comment de tels cours pourraient être intégrés dans le programme scolaire. « Ne pas avoir un lien historique à la Shoah ne signifie pas l’indifférence et l'arrogance parce que nous sommes tous des êtres humains », a déclaré Cengiz Aktar, universitaire turc . « La vigilance et la pédagogie sont les maîtres mots ici. »

D’autres hauts fonctionnaires, universitaires, enseignants et  éducateurs de Turquie,  d’Irak, de Bosnie, du Maroc, de Palestine, d’Allemagne, de France et de Grande-Bretagne, d’Israël et des Etats-Unis ont débattu des défis et de l’ introduction de l'enseignement de la Shoah  dans les programmes. Ils ont convenu que l'enseignement de la Shoah contribuerait  à une meilleure compréhension entre les communautés. Par ailleurs, les panélistes étaient beaucoup moins unanimes sur le fait d’appliquer divers moyens pour enseigner l’histoire de la Shoah  aux étudiants de différentes origines. Dans ce contexte, certains participants ont suggéré que l'histoire des musulmans qui ont sauvé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale pourrait motiver plus les étudiants du Moyen-Orient  pour apprendre  l’histoire de la Shoah.

Dans son discours , le directeur exécutif de « USC Shoah Foundation », Stephen Smith a mis l’accent sur trois principes fondamentaux spécifiques - l'humilité , le courage et la confiance : l'humilité face à une telle souffrance humaine , l'humilité de reconnaître la douleur des autres , l'humilité d’ignorer  notre amour propre et d’être prêt à écouter l'autre; courage de dire la vérité , de franchir les barrières , d’aller vers l’Autre et de faire  le bien, et finalement confiance qui ne peut naitre et grandir que si nous sommes sensibles à l’Autre.

S'exprimant au nom du ministère des Affaires étrangères du pays hôte , l'Ambassadeur Ertan Tezgör , chef de la délégation de la Turquie auprès de l' IHRA , a décrit le Projet Aladin comme « une plate-forme interculturelle  pour l'échange d' expériences et d'idées " et a réaffirmé la position de son gouvernement  pour lequel «  la Shoah reste un moment  à part et sans précédent de l'histoire, et nous devons nous assurer qu' elle sera toujours  perçue de cette façon. « L'éducation est la clé  pour  sensibiliser le  public et  rendre la mémoire  vivante », un point qui a été répris par Ibrahim Bükel, un haut fonctionnaire du ministère de l'Éducation nationale et membre du Conseil de l’Enseignement.

Pour conclure, l'Ambassadeur Sir Andrew Burns a noté que la conférence fut " un grand succès ", soulignant que les discussions de ces  deux jours ont  apporté beaucoup d'idées intéressantes  et des solutions qui doivent être étudiées et approfondies. Il  s’est engagé à ce que la présidence britannique de l' IHRA continue à soutenir le Projet Aladin et d'autres organisations dans leurs efforts pour introduire l'enseignement de la Shoah dans les différentes régions du monde.