Rendez-vous historique à Auschwitz


AFP- 01/02/2011

La visite, parrainée par l'Unesco et la mairie de Paris, était organisée dans le cadre du projet Aladin, lancé en 2009 par plus de 200 personnalités d'Europe et du monde arabo-musulman pour promouvoir des rapprochements interculturels et rendre disponibles en arabe, en persan et en turc des informations objectives sur la Shoah.

"Le grand intérêt de ce projet Aladin est de permettre aux personnalités des trois grandes religions monothéistes, le christianisme, le judaïsme et l'islam, de venir ensemble sur le lieu d'extermination de Juifs", a indiqué à l'AFP le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

"C'est un moment particulièrement important, parce que c'est un signe qui dit que les religions ont pris le chemin par lequel elles veulent affronter ensemble cette situation", a-t-il ajouté.

"Je suis là pour dire à ceux qui nient l'Holocauste à Auschwitz et à ceux qui nient le génocide à Srebrenica (lieu du massacre de 8.000 Bosniaques musulmans en 1995, ndlr) qu'ils sont en train de commettre aussi un génocide", a clamé de son côté le grand mufti de Bosnie Mustafa Ceric, lors d'un discours à Birkenau.

Le grand rabin de Pologne, Michael Schudrich, a exprimé l'espoir que cette rencontre interreligieuse contribuerait à prévenir des génocides dans l'avenir.

"En faisant venir des responsables religieux juifs, chrétiens et musulmans voir ensemble l'exemple du pire génocide dans l'histoire du monde, cela augmente peut-être les chances qu'une prochaine fois, ils seront capables de l'arrêter", a dit M. Schudrich à l'AFP.

La rencontre sur le site de l'ancien camp d'extermination, au lendemain de l'anniversaire de sa libération le 27 janvier 1945, a donné lieu à une cérémonie oecuménique, suivie de dépôt de gerbes à Birkenau et à Auschwitz.

Y ont participé notamment la vice-secrétaire générale de l'ONU Asha-Rose Migiro et la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova ainsi que des envoyés spéciaux et représentants de chefs d'Etat et de gouvernement de plusieurs pays arabes, d'Israël, d'Europe, de Russie et des Etats-Unis, des personnalités religieuses, des universitaires, des maires de plusieurs grandes cités du monde et des survivants de la Shoah.

"C'est une douleur nécessaire. Le fait que nous le faisions si nombreux --Européens, Arabes, Africains, musulmans, chrétiens, juifs, athées-- que nous le fassions tous ensemble, cela prouve que le martyre du peuple juif (...) c'est un fait pour l'humanité, c'est un crime contre l'humanité, c'est une faute contre ce que nous avons d'humain", a dit à l'AFP le maire de Paris Bertrand Delanoë.

Quelque 1.100.000 personnes, dont environ un million de Juifs, ont été tuées entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, camp installé par l'Allemagne nazie dans le sud de la Pologne.

En plus des victimes juives, 70.000 à 75.000 Polonais non juifs y sont morts, ainsi que 21.000 Roms, 15.000 prisonniers de guerre soviétiques et 10.000 à 15.000 autres prisonniers, dont des résistants, selon les données du musée d'Auschwitz.