Projet Aladin au Salon du livre de Beyrouth


 

Des représentants du Projet Aladin étaient présents au Salon francophone du livre de Beyrouth pour rencontrer des acteurs locaux et présenter aux participants et partenaires potentiels les ouvrages de la Bibliothèque Aladin, tels que le Journal d’Anne Frank et Si c’est un homme de Primo Levi.

Placé sous le haut patronage du Président de la République libanaise Michel Sleiman, le Salon du livre de Beyrouth est le troisième salon littéraire francophone au monde après celui de Paris et de Montréal. Il s’impose depuis de nombreuses années comme un événement majeur de la vie culturelle libanaise.

Pour les représentants du Projet Aladin ce fut l’occasion d’aller à la rencontre, pendant 3 jours, d’un public de près de 80 000 visiteurs composé essentiellement d’élèves, étudiants, intellectuels et auteurs, et de nouer des relations avec des professionnels du livre, éditeurs et libraires, présents au Liban et sur l’ensemble du Moyen-Orient.

Clément Vigneaud, chargé de mission au Projet Aladin, a ainsi visité le salon du livre en compagnie de Thierry Quinqueton, Chef du Bureau du Livre à l’Institut Français du Liban et commissaire général du Salon, afin de présenter les réalisations du Projet Aladin tels que le Journal d’Anne Frank et Si c’est un homme de Primo Levi traduits en arabe, et introduire les livres de la collection « Histoires partagées » sur les communautés juives en terre d’Islam à différents éditeurs libanais.

Ce retour des livres du Projet Aladin à Beyrouth avait une signification toute particulière : en 2009 le Hezbollah avait déclaré le Journal d'Anne Frank "pro-sioniste" et l’avait interdit au Liban, décision qui avait soulevé une vague de protestation dans le pays. Des parlementaires et partis politiques libanais avaient alors dénoncé cette « censure obscurantiste » et le quotidien L’Orient- Le Jour avait répondu en publiant des extraits du livre d'Anne Frank.

Malgré les tensions dues au conflit israélo-palestinien et attisées par la guerre civile en Syrie, de nombreux visiteurs et acteurs du salon ont montré leur intérêt pour les livres traduits par le Projet Aladin et son engagement dans le dialogue interculturel et interreligieux, une question très actuelle au Liban. « Ce que vous faites pour le rapprochement entre Juifs et Musulmans est particulièrement courageux et audacieux,» a confié un universitaire libanais, avant d’ajouter : « Dans cette région, les gens ne distingue pas entre Juifs et Israéliens, ce qui complique énormément votre tâche. »

En découvrant les réalisations du Projet Aladin, Rabia, une jeune institutrice libanaise se disait à la fois intéressée et partagée par la traduction en arabe du journal d’Anne Frank : « Qui peut rester indifférent face à la barbarie qui a visé les Juifs en Europe ? » dit-elle, et ajoute après une longue pause « Mais les israéliens n’ont pas appris les leçons qu’il y a dans ces livres ». Une femme engagée dans les médias encourage la diffusion de la traduction du Journal d’Anne Frank au Liban malgré les critiques et l’auto - censure que cette action pourrait faire naître. « Je vous rappelle qu’en 1974 quand les négationnistes américains ont voulu organiser une conférence à Beyrouth, ce sont des intellectuels arabes et libanais qui ont persuadé le gouvernement d’annuler cette réunion en menant une campagne d’information dans la presse. Ce n’est pas facile, mais il faut le faire. »

Pour Zineb, une étudiante du quartier sud de Beyrouth, parler objectivement des Juifs ou des Israéliens tant que le conflit dure reste un vrai défi. « Avec Facebook et les réseaux sociaux, on peut se renseigner plus facilement sur ces sujets, mais malheureusement nous nous trouvons dans une situation où on ne peut pas discuter librement d’un certain nombre de sujets sans provoquer étonnement et parfois réactions violentes » dit-elle.

Plusieurs membres des commissions du Projet Aladin figuraient parmi les intervenants des débats organisés pendant le salon. Ainsi l’intellectuel Rachid Benzine, membre de la commission des livres, est intervenu au colloque intitulé : Quel avenir pour le bien-vivre ensemble au Moyen-Orient ? La gestion de la pluralité ethno-religieuse à la lumière des révolutions arabes. Un autre membre de cette commission, Joseph Maïla, a participé à l’émission « Affaires étrangères » de Christine Ockrent pour parler de la situation du Liban sur l’antenne de France Culture installée pendant deux jours au centre du salon.