"Nous avons peu de difficultés à enseigner la Shoah à l'école"


17/03/15

 

Aujourd'hui, seule une poignée de rescapés des camps de la mort peuvent encore témoigner auprès des plus jeunes de l'horreur vécue durant la Seconde guerre mondiale. Comment, au fur et à mesure que le temps passe, entretenir la sensibilisation des écoliers ? Éléments d’explications avec Philippe Allouche, directeur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Comment faire le jour où cette génération ne sera plus là ? 
Nous avons essayé au maximum de recueillir la parole des déportés. Nous avons une collection de témoignages très précieux d’environ 3 heures, réalisés avec l’INA, que nous avons mis à disposition du monde enseignant. En outre, nous disposons d’une soixantaine de témoignages écrits pour montrer que la Shoah n’est pas "une" histoire mais le cumul de milliers d’histoires individuelles. Nous avons également soutenu le DVD pédagogique "Mémoire Demain", réalisé par l’Union des déportés D’Auschwitz. Il s’agit d’une approche très forte, basé sur la parole de déportés qui sont retournés sur le camp pour montrer ce qu’ils ont vécu. Les déportés eux-mêmes savent qu’ils ne sont pas éternels. Et ils ont voulu réaliser ce projet pour faire passer la mémoire aux élèves et aux professeurs.

Malgré la présence de ces "instruments" à la disposition des enseignants, ont-ils des difficultés à relayer ce devoir de mémoire ?
Pour être franc, nous avons peu de difficultés. Ce n’est pas toujours facile, mais rien n’est impossible. Il y a sans doute des endroits où c’est très compliqué pour l’enseignant mais dans ces endroits, ce n’est pas seulement difficile d’enseigner la Shoah, mais difficile d’enseigner "tout court". Malgré tout, nous sommes contents que les enfants, à plusieurs intervalles durant leur scolarité, soient sensibilisés à ce sujet.

Les voyages organisés à Auschwitz constituent également un aspect indéniable de cette sensibilisation.
Environ 5000 professeurs et élèves partent chaque année avec le soutien de notre Fondation. Un chiffre pas "gigantesque" mais pas négligeable. Pour quel impact ? En 2005, nous avions eu un sondage du CSA sur l’impact de ces voyages : celui-ci constitue un des souvenirs les plus marquants pour les élèves durant leur scolarité. Ces voyages ne sont cependant pas dénoués de difficultés. Il est en effet de plus en plus compliqué pour des gens de près de 90 ans de faire l’aller-retour en avion, dans la journée. Ceux qui sont encore aptes ne se comptent plus que sur les doigts de la main.