Mohammed Dajani Daoudi, le visage de l'islam modéré


10/09/2013

Mohammed Dajani Daoudi, le visage de l'islam modéré

Mohammed S. Dajani Daoudi, directeur de l’Institut d’études américaines de l’Université Al-Qods à Jérusalem  et membre du Comité de Conscience du Projet Aladin est le chef de file du mouvement Wasatia qui prône la négociation avec Israël.

Professeur en sciences politiques et directeur de l’Institut d’études américaines de l’Université Al-Qods à Jérusalem, Mohammed Dajani Daoudi n’a pas attendu la nomination de John Kerry et les rumeurs de reprise des pourparlers directs entre Israël et l’Autorité palestinienne pour prendre son bâton de pèlerin. Au nom de l’islam, cet intellectuel âgé de 67 ans et issu d’une famille musulmane de la haute bourgeoisie de Jérusalem -son ancêtre Abdelrahman Dajani fut maire de la ville de 1863 à 1882- prône depuis plusieurs années la paix négociée avec l’Etat hébreu, et une solution à deux Etats.

Son nom est apparu voilà peu parmi les experts associés au Projet Aladin créé pour dire aux musulmans la vérité sur la Shoah et montrer aux Juifs que dans le monde musulman, nombreux rejettent le négationnisme. Mais le professeur Dajani s’est surtout fait connaître comme le fondateur de Wasatia, un mouvement politique né en 2007, basé sur la modération, le pluralisme, la démocratie ainsi que la justice. Comme son nom l’indique : un terme du Coran qui signifie « la voie médiane, modérée, modération ».

Ce positionnement a valu à l’universitaire de recevoir des menaces personnelles, de subir une franche hostilité de la part des groupes musulmans conservateurs qui lui reprochent de véhiculer un « message américain », ou encore d’être fustigé par le mouvement BDS, qui appelle au boycott -économique académique ou culturel- d’Israël. Depuis la campagne militaire israélienne « Plomb durci » menée à Gaza, l’Université Al-Qods a d’ailleurs mis un terme à la plupart des partenariats avec des institutions académiques israéliennes. Mais de nombreux étudiants et professeurs de l’Université soutiennent le mouvement Wasatia et son homme de dialogue.

Mohammed Dajani affiche, il est vrai, un parcours hors du commun. En 1948, celui qui réside aujourd’hui dans le quartier de Beit Hanina (à Jérusalem-Est) a dû fuir en Egypte avec sa famille originaire de la « Colonie allemande » (dans la partie occidentale), avant de retourner vivre un an plus tard dans la vieille ville, les « maisons Dajani » ayant été confisquées par les autorités. Formé à l’école des Quakers de Ramallah, il s’engage en 1967 durant ses études à l’Université américaine de Beyrouth aux côtés du mouvement laïque du Fatah, avant de mettre un terme à cette affiliation. Une fois achevé son parcours académique aux Etats-Unis et en Jordanie, ce titulaire de deux doctorats obtient des autorités israéliennes le droit de retourner vivre auprès de sa famille à Jérusalem en 1993 (l’année d’Oslo), bien que son statut de résident lui ait été retiré pour cause de militantisme au sein du Fatah.

Conseiller de l’Autorité palestinienne, Mohammed Dajani se rapproche des mouvements interreligieux et cesse de considérer les Israéliens comme des « ennemis », tout en continuant à militer contre l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens.

Bientôt une formation politique ?

Durant la fête du Ramadan de l’année 2006, il est témoin d’un compromis pacifique : des centaines de Palestiniens désireux de prier au Haram as Sharif (le Mont du Temple) se font escorter en bus par l’armée israélienne, en échange de leur carte d’identité. C’est alors qu’il prend conscience d’une réalité : les Palestiniens modérés n’ont pas encore trouvé leur leader… Qu’à cela ne tienne, Dajani dont le mouvement Wasatia cite le Coran, mais aussi des sources juives et chrétiennes, entame sa tournée des écoles et des mosquées pour diffuser la bonne parole. Dans sa bibliothèque personnelle, des livres du Dalaï Lama voisinent avec des écrits d’Albert Einstein.

Six ans après sa création, Wasatia qui doit sécuriser son financement, jadis assuré par une ONG allemande, n’est pas encore devenue une formation politique digne de ce nom. Mais Mohammed Dajani est convaincu que son mouvement s’imposera tôt ou tard comme un parti de gouvernement. En juin, l’universitaire n’avait en tout cas pas hésité à figurer au « casting » de la Conférence « Facing Tomorrow », organisée depuis cinq ans à Jérusalem à l’initiative du Président d’Israël, Shimon Peres.

Invité de la dernière heure, Mohammed Dajani fut le seul Palestinien à avoir donné suite aux organisateurs de ce mini Davos israélien, alors que l’establishment de Ramallah avait décliné afin de ne pas cautionner un semblant de normalisation avec Jérusalem. Il s’est exprimé lors d’un panel consacré à l’islam politique, aux côtés du chercheur turc Soner Cagaptay du Washington Institute, du journaliste vedette jordanien Salameh Nematt, de la consultante musulmane établie au Canada, Raheel Raza, qui milite pour la prière égalitaire, et du colonel de l’armée israélienne et expert militaire, Amos Gilad. Son intervention a été chaleureusement applaudie.

Nathalie Hamou