Message d’Anne-Marie Revcolevschi


 

Message d’Anne-Marie REVCOLEVSCHI

Aux Etudiants de la deuxième promotion d’ « Ambassadeurs pour le dialogue interculturel et la paix » de  l’Université d’été du Projet Aladin (Frei Universität, Berlin, Juillet 2014)

 

L’indignation n’est pas sélective.

Il y a quelques jours, réagissant à la mort des trois adolescents israéliens Naftali Frankel, Eyal Yifrach and Gilad Shaar, j’ai dit toute ma colère. J’ai souhaité que les meurtriers palestiniens musulmans soient punis mais aussi que, tels Caïn, ils soient à jamais hantés par la conscience du crime commis, eux dont l’ange n’avait pas arrêté le couteau comme il avait jadis arrêté celui  d’Abraham et épargné son fils, qu’il s’agisse d’Isaac ou d’Ismaël.

Aujourd’hui, je veux partager avec vous ma colère et ma honte face à la vengeance décidée par les assassins israéliens juifs et  à l’atrocité de leur acte : je n’arrive pas à concevoir qu’ils aient pu brûler vif cet autre adolescent,  le jeune Mohammed Abu Khedair. J’espère que la justice israélienne sera intraitable et que ces autres Caïn ne trouveront jamais plus le repos de leur âme.

Ne cherchez ni comparaison, ni distinction ou argutie politique. Les deux crimes ont été commis  au nom de la même idéologie : une idéologie  de la haine et du mépris de l’autre. Et pire, au deuxième crime, s’est ajoutée la barbarie. La société israélienne va sans nul doute s’interroger sur elle-même et son évolution, et il est à souhaiter qu’elle se réveille, gauche, droite, d’un cauchemar et se demande : « qu’est ce qui nous est arrivé ? ». C’est à elle d’y répondre et des voix s’élèvent déjà qui laissent penser qu’elles sauront y répondre. « Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark ».

C’est, en effet, aux femmes et hommes de paix, Israéliens et Palestiniens, de trouver enfin les voies vers la paix, comme nous l’avons écrit dans notre Appel à la Conscience et à nous de les y aider.

Mais il s’agit  aussi de nous, de chacun de nous, dans nos pays, de faire face aux tensions qui les traversent. Il s’agit de notre démission, nous les adultes, devant ceux que nous appelons « les extrémistes » : nous les méprisons mais nous les laissons faire alors que leur poison contamine lentement les esprits : il anesthésie notre sens moral, parce que c’est plus fort que nous, le deux poids deux mesures, nous n’y résistons pas ;  nous n’avons alors plus le courage d’agir et in fine nous nous exonérons de nos responsabilités!

Or le message fondamental du Projet Aladin, je veux vous le redire ici solennellement : le message qui inspire tous nos projets, qu’il s’agisse de nos livres et séminaires sur la Shoah, de l’histoire croisée des mondes juifs et musulmans, des Universités d’été, de tous nos débats et de nos formations, ce sont  les valeurs communes des trois monothéismes et fondements de nos sociétés démocratiques : c’est le rejet de la barbarie, du mépris de l’autre, de la haine de celui qui est différent de moi ; c’est le courage de résister, d’élever  une digue devant les déferlantes de la haine et en même temps, par l’Education, de construire des ponts pour se connaitre et se respecter.

Encore un mot pour conclure.

Le ciel est peut être peuplé d’anges : parfois ils se mêlent des histoires des hommes, parfois ils nous laissent nous en débrouiller par nous-mêmes.  Ainsi, un célèbre philosophe français du dix-septième siècle, Blaise PASCAL, fervent croyant chrétien,  nous a rappelé à l’ordre en écrivant notamment dans ses Pensées, que «L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête ».

Vous êtes rassemblés cet été pour apprendre et réfléchir  sur le rôle historique et actuel des religions dans les conflits et la paix.  Vos professeurs vous éclairent de leur savoir et je ne doute pas que vous en débattez  avec eux et entre vous. Comme les étudiants qui vous ont précédés, vous quitterez Berlin en vous engageant dans des projets de recherche qui prolongeront  les enseignements reçus et les débats amorcés. Comme pour les étudiants qui vous ont précédés, je formule le vœu que vous poursuiviez vos engagements  dans le rejet de la violence et la recherche de la paix.

 

Paris 6 juillet 2014

 

 

Appel à la conscience

Nous, responsables politiques, hommes de Foi, historiens et intellectuels, venus de tous les horizons, affirmons que la défense des valeurs de Justice et de Fraternité, pour difficile qu’en soit le chemin, doit prévaloir sur l’intolérance, le racisme et les conflits.

Nous voyons aujourd’hui un flot de haine et de violence creuser chaque jour davantage le fossé de l’incompréhension. Ces maux touchent singulièrement les relations actuelles entre les Musulmans et les Juifs, alors que des siècles durant - en Perse, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans l’Empire ottoman - ils ont su vivre ensemble, souvent en bonne intelligence.

Nous disons clairement que les Israéliens et les Palestiniens ont droit à leur État, leur souveraineté et leur sécurité et qu’il convient d’appuyer tout processus de paix ayant de telles visées.

Face à l’ignorance et aux préjugés, face à une concurrence des mémoires que nous refusons, nous croyons à la force de la Connaissance et à la primauté de l’Histoire.

Nous affirmons, au-delà de toute considération politique, notre volonté de défendre la vérité historique car aucune paix ne se construit sur le mensonge.

La Shoah est un fait historique: c’est le génocide au cours duquel six millions de Juifs d’Europe ont été exterminés.

Sa portée est universelle car ce sont les valeurs  de Dignité et de Respect de l’homme que l’Allemagne nazie et ses complices européens ont ainsi voulu anéantir.

Nier ce crime contre l’humanité est non seulement une offense à la mémoire des victimes, mais aussi une insulte à l’idée même de civilisation.

Aussi nous pensons que l’enseignement de cette tragédie concerne tous ceux qui ont à cœur d’empêcher de nouveaux génocides.

La même exigence de vérité nous invite à rappeler les actions des « Justes parmi les Nations » en Europe et dans le monde arabo-musulman.

Ensemble, loin des tentations du repli sur soi, nous proclamons notre volonté commune de favoriser un dialogue sincère, ouvert et fraternel. C’est dans cet esprit que nous nous sommes réunis autour du Projet Aladin.

Nous appelons toutes les femmes et tous les hommes de conscience à œuvrer avec nous dans le sens de la connaissance partagée, du respect mutuel et de la paix.