M.Gilles Clavreul a souligné l’importance de la connaissance et l’éducation dans le combat contre la barbarie


L’INTERVENTION DE MONSIEUR GILLES CLAVREUL

Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra)

28 janvier 2016

 

Madame la Directrice générale,

Messieurs les ministres,

Excellence Cheikh Al Jaber,

Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, représentants d’organismes de recherche, présidents d’universités,

Mesdames, Messieurs,

 

Je suis particulièrement honoré d’avoir été invité à prendre la parole lors de cette journée de mobilisation.

Ici en Europe, la jeunesse est confrontée à un défi que ni ma génération ni celle qui l’a immédiatement précédée n’avait eu à relever.

Ce défi est matérialisé par l’éruption du tragique, c’est le retour de la violence, de la barbarie et avec elles de la souffrance et de la peur qu’elles amènent au cœur même de notre vie.

Il y a quelques semaines, ici à Paris, ce sont en grande majorité des jeunes, en effet, français pour la plupart, mais on comptait beaucoup de nationalités parmi les victimes, dont la voix s’est tue à jamais.

Assassinés parce qu’ils étaient libres, parce qu’ils aspiraient au bonheur, au partage, parce qu’ils vivaient tout simplement leur vie.

De l’autre côté de la méditerranée, il est vrai que dans beaucoup, beaucoup trop de pays, les générations qui se succèdent n’ont  jamais perdu de vue très longtemps cette réalité sanglante du terrorisme, voire de la guerre civile et en tout cas d’un ciel qui se bouche et d’un horizon qui s’obscurcit à cause de la violence ou de la répression.

Mais aujourd’hui de chaque côté de la méditerranée le défi est le même, lutter contre la barbarie. Elle a frappé dans tant de pays, dans tant de villes, elle a fauché tant de vie qu’on ne peut pas les rappeler exhaustivement d’au moins la liste semble ne vouloir jamais se clore.

Mais enfin il y a eu la France, il y a eu la Tunisie, il y a eu Israël, le Danemark, le Liban, la Turquie, le Koweït, le Mali, le Tchad, le Sénégal et tant d’autres, la liste est devenue si longue qu’on s’épuise à les citer tous.

Lutter contre la barbarie ça veut dire évidemment mener une guerre sans merci contre les terroristes, les pourchasser jusqu’à ce qu’ils soient définitivement mis hors d’état de nuire. Et la France est pleinement engagée dans cette lutte. Ça veut dire aussi évidemment assurer la protection de tous les citoyens et tout faire pour garantir leur sécurité, ça veut dire aussi et là c’est une évidence qu’il faut rappeler incessamment, mener cette guerre contre le terrorisme non pas malgré les libertés fondamentales mais pour les libertés fondamentales, pour les défendre, pour les faire exister mieux et plus pleinement dans les sociétés démocratiques et aussi dans celles qui le deviennent ou qui aspirent à le devenir.

Mais, il existe un défi peut être plus grand encore et qui en tout cas appelle plus d’efforts de long terme, car au fond que cherchent les terroristes, c’est à nous pousser à la division, nous faire renoncer à nos valeurs, à notre volonté de vivre ensemble pour embrasser à notre tour la logique de la stigmatisation et de la violence pour qu’à une radicalité réponde une autre radicalité et on ne voit que trop ce processus comment il peut s’engager.

Face à ce défi nos armes en vérité ne sont ni militaire ni juridique, nos armes dans ce combat car c’est un combat, s’appellent la culture, la connaissance, l’éducation, la transmission, comme l’a dit si justement la Directrice générale de l’UNESCO à l’instant. Les lumières en somme, c’est ce qui forme le cœur de l’identité européenne mais d’une certaine manière c’est aussi ce qui a façonné en profondeur l’histoire du bassin méditerranéen depuis des siècles et même peut-on dire depuis des millénaires. C’est-à-dire ce commerce incessant des idées, des sciences, des techniques, des arts, un commerce que jamais les guerres ou les occupations ou les conflits n’ont réussi à tout à faire interrompre, c’est donc ce qui nous rassemble au-delà même de ce tragique de l’histoire dont je parlais il y a quelques instants.

La France s’est engagée avant même les attentats dans une politique de lutte contre le racisme et l’antisémitisme et Madame la Directrice générale, j’étais très sensible à vos mots ainsi qu’à ceux d’Abe à l’instant. Une lutte contre toute forme de discrimination, toutes les formes de haine, tous les discours du rejet de l’autre. Et encore une fois l’éducation, la culture, la transmission des valeurs forment le cœur même de ce plan qui a été adopté en avril dernier par le gouvernement et présenté par le premier ministre et donc le monde universitaire, les intellectuelles, sont appelés, au cœur, au côté de la communauté éducative à mettre leur intelligence et leur savoir au service de cette lutte qui engage au-delà du gouvernement l’ensemble de la société civile, je devrais dire de la société tout court, car la guerre que les terroristes ont déclaré non pas à l’occident mais à la civilisation, à l’idée même de civilisation, c’est d’abord et avant tout une guerre contre le savoir non pas le combat d’une culture contre notre culture, ça c’est ce qu’ils souhaiteraient installer et faire croire mais bien une guerre de négation et d’anéantissement de toute culture, de l’idée même de culture.

C’est pourquoi, je tiens à la rencontre d’aujourd’hui pour particulièrement importante et nécessaire sous le patronage de l’UNESCO qui se trouve là au cœur de sa mission. Parce que le défi dont j’ai parlé concerne une nouvelle fois toutes nos nations et parce que le monde du savoir et de la pensée est en première ligne dans cette guerre qui nous a été déclarée.

Je n’aurai pas la possibilité malheureusement de suivre vos travaux de la journée  mais j’y porterai un intérêt tout particulier, je crois infiniment nécessaire qu’il y ait en France parmi les citoyens français et dans tous les milieux une communion qui s’installe entre ceux qui veulent se battre pour les valeurs de démocratie et les valeurs de culture mais je tiens également, pour extrêmement important au-delà des frontières et au-delà des mers, encore une fois dans ce qui nous rassemble tous à travers l’histoire et ce que nous avons de plus cher, les hommes et les femmes de culture, de science et de savoir se fassent signe, se rencontrent et se rassemblent autour de ce combat essentiel qui est celui de la lutte contre la haine et contre le terrorisme.

Je vous remercie de votre attention.