« Les Juifs ne sont pas mes ennemis »


Tarek Fatah, auteur canadien né au Pakistan, analyse dans son dernier livre « Le Juif n’est pas mon ennemi » certains des mythes qui fondent l’antisémitisme.

Fatah, âgé de 61 ans, est un musulman laïc et l’un des critiques les plus intrépides des franges extrémistes de l’Islam. Dans son livre, Fatah aborde les fondements historiques et théologiques de la haine des Juifs que certains musulmans éprouvent , et démonte les mythes qui l’alimentent.

Né à Karachi au Pakistan, Fatah s'est installé au Canada depuis 23 ans. En tant que fondateur du « Muslim Canadian Congress » (une organisation communautaire qui donne la parole aux musulmans progressistes, démocrates, libéraux et laïcs), Fatah a toujours essayé d’éliminer les conflits intercommunautaires.

L'attentat terroriste perpétré à Bombay le 26 novembre 2008 l'a incité à écrire « Le Juif n’est pas mon ennemi.» Ce qui l’a frappé, dit-il, c’est l’origine des terroristes; dix villageois pakistanais, n'ayant jamais  rencontré de juif dans leur vie, se sont lancés dans une mission sanguinaire dont l’une des cibles était un centre communautaire juif.

« J’ai comparé cela à ce qui s’était passé à l’autre bout du monde: Quatre afro-américains, (deux protestants, un catholique et un Haïtien), après avoir purgé une peine de prison durant laquelle ils s'étaient convertis à l’Islam, à leur sortie avant toute chose, avaient décidé d’aller faire exploser une synagogue. »

L’auteur souligne que ces deux évènements sans lien apparent lui ont fait prendre conscience que quelque chose de profond était en train de pousser certains jeunes musulmans à l’extrémisme et à  la violence. « Ce livre est une tentative pour découvrir qui, quoi, ou, quand et comment cela peut se produire. Mais aussi ce qu’il faut faire pour enrayer le problème ».

Fatah déplore aussi l’atmosphère antisémite qui a depuis quelques temps pris place dans son pays natal, le Pakistan. Mais il sait que cela n’a pourtant pas toujours été le cas. « Je fréquantais une école catholique où il y avait  aussi des élèves Juifs. A vrai dire, nous pensions que les catholiques étaient un peu distants avec nous, mais la cuisine, la culture, les habitudes, les prières des Juifs étaient comme nous. A ce moment là, nous serions allés dans une synagogue sans hésiter » se souvient Fatah, qui poursuit par un autre exemple. La région de Peshawar, aujourd’hui au cœur d’une région dominée par les talibans, était dans les années 1930-1940 un haut lieu du commerce de textile dirigé par des Juifs jusqu’à leur exode vers Israël dans les années 1950.

Fatah pense que pour contrer cette vague de fondamentalisme, deux choses doivent être faites : les musulmans doivent s’élever contre elle, lui faire front ; et ses opposants doivent éviter de succomber aux tentations de dénigrement, aujourd’hui trop courant, de l’Islam ou de son prophète. « Attaquer l’Islam et se moquer des musulmans est exactement ce que les antisémites veulent que vous fassiez », déclare Fatah avec conviction.

Bien que le chemin à parcourir semble long et tortueux, l’auteur garde espoir. « On ne peut qu’être optimiste, car les lois de la science, de la logique et de la raison finiront par triompher toujours du mysticisme et de la haine»,  conclut Fatah.