Les Juifs d'Iran

Le Huffington Post
15/02/2012
La présence juive y est très ancienne, puisqu'elle remonterait au 7ème avant J.C., plus de 1000 ans avant l'islamisation de la Perse. L'Iran contient d'ailleurs de très importants lieux saints pour le judaïsme, tels la tombe du prophète Daniel ou le sanctuaire de la Reine Esther.
Composée de près de 80 000 membres avant la Révolution islamique de 1979, la communauté juive iranienne comprendrait encore environ 25 000 personnes, dont près de 14 000 à Téhéran, 7 000 à Chiraz et 2 000 à Ispahan.
La Constitution iranienne attribue à la minorité juive, comme aux
minorités chrétienne et zoroastrienne, un député au Parlement.
De plus, une véritable organisation communautaire se maintient.
L'Anjomane est ainsi une sorte de consistoire chargé de coordonner
toutes les activités de la communauté et de défendre ses intérêts,
publiant un journal nommé Bina qui n'a pas hésité à publier de nombreux
articles sur la shoah, tandis que l'Anjomane Banuan réunit les femmes et
se spécialise dans l'action sociale.
La communauté dispose aussi d'un hôpital à Téhéran, l'hôpital Sapir, soignant d'ailleurs principalement des musulmans et qui a même reçu des subventions du Bureau du Président Ahmadinejad.
Si de très nombreuses synagogues en province sont aujourd'hui fermées, faute de fidèles en nombre suffisant du fait du déclin de la population juive et de sa concentration dans les grandes villes, celles qui demeurent en activité sont remplies de fidèles. Le rabbinat iranien entretient des relations étroites avec les autorités civiles et religieuses de la République islamique. Les Président Rafsandjani et Khatami ont d'ailleurs officiellement visité des synagogues durant leurs mandats.
Enfin, un système scolaire juif, initié au 19ème siècle par
l'Alliance israélite universelle, existe aujourd'hui encore, ainsi
qu'une bibliothèque.
Toutefois, cela ne doit pas masquer le caractère pour le moins problématique de l'existence juive en Iran.
Les écoles juives dont nous parlions précédemment sont ainsi placées sous la direction de principaux et d'administrateurs musulmans nommés par le Gouvernement, respectent le programme officiel, incluant la diabolisation d'Israël et du sionisme, et donnent obligatoirement cours le jour du shabbat. L'Hébreu n'est pas étudié dans ces écoles et ne peut l'être qu'auprès de professeurs particuliers.
Les élèves juifs scolarisés dans le système scolaire classique sont
quant à eux souvent confrontés à un prosélytisme musulman actif, voire à
des incidents antisémites.
Pour ceux qui veulent intégrer l'enseignement supérieur, un examen
religieux et idéologique islamique est requis, et les diplômés juifs
sont discriminés puisque l'accès à l'emploi public ainsi qu'aux postes
de direction dans les groupes privés iraniens leur est quasiment
impossible. Cela explique aisément le très fort taux d'artisans,
commerçants, entrepreneurs individuels et professions libérales que l'on
trouve dans la communauté.
Plus généralement, les instances communautaires et le représentant
des Juifs iraniens au Parlement paient au prix fort les relations
convenables qu'ils entretiennent avec les autorités de la République
islamique, puisqu'ils sont toujours les premiers à condamner Israël, à
se féliciter des avancées du programme nucléaire iranien, à réprouver
tous les mouvements de contestation contre le pouvoir en place.
L'hôpital Sapir s'est, par exemple, porté volontaire pour soigner des
membres du Hamas et du Hezbollah qui avaient été blessés par Tsahal.
Toutefois, il faut noter que ces compromissions ne les ont pas empêchés
de condamner le révisionnisme affiché par Ahmadinejad ou le concours
officiel de caricature négationniste inauguré par ce dernier. Sous
couvert d'antisionisme, tous les poncifs les plus éculés de la
propagande antisémite sont d'ailleurs largement répandus dans la presse,
les sermons religieux, les traductions tronquées du Coran en persan,
les médias audiovisuels. Le Protocole des sages de Sion, célèbre faux
antisémite, est régulièrement réédité, y compris avec des aides
publiques.
Enfin, la situation des Juifs iraniens est parfois plus tragique
encore. Rappelons l'exécution sous Khomeiny, en 1979, d'une douzaine de
personnalités de la communauté juive, dont son Président Habib
Elghanayan, ou encore la condamnation à la prison, sans aucune preuve,
de 10 Juifs iraniens en 2000 pour de prétendues activités d'espionnage
au profit d'Israël.
Confrontés à ces périls, les Juifs iraniens ne semblent malheureusement
n'avoir, pour l'heure, que deux voies, soit l'alignement inconditionnel
sur le pouvoir et son antisionisme, soit le départ. N'oublions pas que
les Juifs nés en Iran et leurs enfants représenteraient près de 130 000
personnes en Israël et 80 000 aux Etats-Unis.
La montée de la tension sur le dossier nucléaire iranien risque de radicaliser encore cette alternative pour une communauté presque trimillénaire.


