Le comptable d'Auschwitz jugé pour le dernier procès nazi


21/04/2015

A 93 ans, Oskar Gröning sera peut-être le dernier nazi à comparaître devant un juge. Son procès s'ouvre ce mardi à Lüneburg, en Allemagne. Ancien fonctionnaire du camp d'Auschwitz, il sera jugé pour complicité aggravée dans la mort d'au moins 300.000 personnes, entre mai et juillet 1944. Durant cette période, 137 convois venus de Hongrie ont conduit 425.000 juifs jusqu'au camp de concentration. A l'entrée d'Auschwitz, Oskar Gröning était chargé de garder les bagages des prisonniers et de trier les devises qui devaient ensuite être réintroduites dans l'économie du Reich. Selon l'accusation, le «comptable» aurait au moins une fois assisté à la «sélection» séparant ceux qui, à l'arrivée, étaient envoyés mourir dans les chambres à gaz et ceux qui étaient affectés au camp de travail. Pour l'accusation, il a participé au génocide. Oskar Gröning ne prétend pas qu'il n'était pas au courant, mais il assure ne pas avoir de sang sur les mains. «Je me sens coupable par rapport au peuple juif d'avoir été membre d'une armée qui a perpétré ces crimes, mais sans que j'en sois l'auteur», a-t-il confié il y a dix ans au magazineDer Spiegel, qui l'avait longtemps rencontré.

Depuis la jurisprudence Demjanjuk, ancien garde du camp de Sobibor condamné en 2011, la justice allemande ne requiert plus, pour juger d'anciens nazis, de prouver qu'ils ont participé activement à la mort de prisonniers dans les camps. «Il nous suffit de prouver l'activité d'un garde dans un camp pour supposer la complicité de meurtre», explique Kurt Schrimm, directeur de l'Office central sur les crimes nazis de Ludwigsburg. C'est son administration qui documente les cas soumis au parquet. Depuis le tournant de 2011, plusieurs enquêtes ont été ouvertes, dont celle d'Oskar Gröning. Mais compte tenu de l'âge des accusés et de la difficulté à constituer les dossiers si longtemps après les faits, elles ont peu chances d'aboutir.

6656 condamnations depuis 1945

Cette justice tardive laisse un goût amer: trop de temps a été perdu pour les survivants et leurs familles. «Nous critiquons l'inactivité de la justice allemande pendant des décennies et son désintérêt à rétablir la justice», a déclaré lundi Christoph Heubner, du comité international d'Auschwitz. Certains de ses membres font partie des quelque 50 plaignants du procès Gröning. Si les critères actuels avaient été suivis après la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de milliers de nazis auraient pu être jugés. Or depuis 1945, seulement 6656 condamnations ont été prononcées.

Le procès d'Oskar Gröning est symbolique, à la frontière entre la complicité de meurtre et la participation à un système criminel. L'ancien comptable n'a jamais caché avoir été un rouage de la machine nazie dont il a soutenu les objectifs quand il avait 20 ans, y compris l'extermination de Juifs qu'il a décrit froidement comme «une méthode de guerre». Mais il a toujours refusé toute idée de culpabilité directe. «Il y avait une vie normale à Auschwitz», a-t-il raconté en décrivant un quotidien fait de routine, son quotidien. «Dans mon groupe, les chambres à gaz ne jouaient aucun rôle», a-t-il expliqué. L'atrocité des crimes nazis l'a conduit, a-t-il raconté, à demander son transfert du camp d'Auschwitz: il venait de voir un officier tuer un enfant juif en le lançant violemment contre la cloison d'un wagon. Son transfert lui avait été refusé.

Des années après la guerre et des décennies de silence, Oskar Gröning, rongé par le remord, a à de multiples reprises témoigné contre les négationnistes qui contestaient l'existence des chambres à gaz. «J'y étais», leur a-t-il répondu. Le verdict de son procès est attendu pour le mois de juillet.