« L’avenir du vivre-ensemble face à la montée de l’extrémisme et de l’intolérance »


Chers amis,

Le dernier attentat en Egype qui a fait des centaines de morts et de blessés dans une mosquée rattachée à une confrérie soufie m’invite à rappeler que les musulmans sont dans le monde les premières victimes de l’obscurantisme et de l’intégrisme et aussi que l’Islam est loin d’être monolithique.

Ce malheur me donne l’opportunité, à l’occasion de ce diner des consciences, d’évoquer cette belle part de l’islam qui a toujours été dans la discrétion.  Par respect pour leur mémoire, je veux ce soir ouvrir une porte vers cet islam éclairé. La lampe d’Aladin m’y invite.

Le soufisme est le cœur de l’islam. Le soufisme d’hier et d’aujourd’hui est porteur de trois espérances majeures :

  • La première est que la foi se nourrit tant du dogme que d’une spiritualité vivante et il nous apprend que tout ce qui monte converge
  • La deuxième est que foi et raison ne s’opposent pas mais s’éclairent l’une l’autre.
  • La troisième est que cette spiritualité, pour être vivante, doit être vecteur de sens en fondant l’action bienveillante.

A ce titre, la pensée soufie diffuse un islam spirituel, libre et responsable permettant l’expression d’une citoyenneté véritable, garante d’un Vivre Ensemble bienveillant et fraternel.

  • Ø Spirituel : En tant que citoyenne engagée, je fais le constat suivant : C’est peu dire que l’islam est actuellement caractérisé par un certain nombre de tensions et de fractures. Nous observons que, pour certains musulmans, tout ce qui est austère aurait droit de Cité et tout ce qui est joie, plaisir, beauté seraient condamnable.

Certains voudraient faire en sorte que nos textes scripturaires deviennent un « code pénal » en évacuant la dimension spirituelle, pourtant vocation première de l’Islam.

Les soufis sont fidèles à cette vocation première qui est celle de l’envol de l’esprit et la quête de la joie et surtout de l’Amour comme errance absolue.

Libre : Dans ces temps troublés ou les obscurantistes voudraient nous imposer leur Vérité et nous entrainer dans un monde fantasmé qui n’a jamais existé. Il faut redire que l’inscription du fidèle dans son époque est un enseignement majeur du soufisme.

  • Ø La vitalité d’une pensée dépend de notre capacité à débattre, à nous interroger sur les conceptions qui structurent nos raisonnements, nos impensés.  Si nous refusons la controverse, l’échange, le dialogue et la modernité nous nous condamnons à laisser d’autres prendre la parole en nous imposant leur vision du monde.

La citoyenneté active c’est d’abord être les acteurs de notre propre vie. C’est développer une capacité à débattre ici et maintenant et à fonder notre action sur nos valeurs respectives pour embrasser le monde toujours en mouvement.

Reposant sur l’éthique du don et de l’altérité, le soufisme est un chemin de liberté. La liberté est aussi responsabilité.

Responsable : Tant dans l’aspect spirituel que dans la gouvernance de la Cité, pour le musulman soufi la véritable citoyenneté plonge ses racines dans les profondeurs de l’Etre et la véritable spiritualité s’incarne dans les actes citoyens de chaque jour.

  • Ø Parce que « les Hommes sont les ennemis de ce qu’ils ignorent » comme le disait ce grand maitre Ibn Arabi, il est indispensable que les soufis promeuvent au delà des cercles confrériques, cette Voie d’Amour, de culture et de bienveillance dont ils sont autant les dépositaires que les acteurs.

Mes chers amis,

En ces temps de désolation, merci de me donner l’occasion d’évoquer les merveilles de cette belle culture, celles d’un islam spirituel, libre et responsable.

La transmission, la connaissance de l’Autre, la promotion de l’universalité des droits et surtout la lutte contre l’obscurantisme c’est aujourd’hui plus qu’hier de notre responsabilité.

C’est le beau projet auquel participe le Projet Aladin. Soyez en tous remerciés puisque vous nous accompagnez.