«La Relève» : plus de 200 personnalités ont réalisé «Les Echos»


09/10/2017

Le lundi, 9 octobre 2017, les lecteurs des « Echos »  bénéficieront d'un journal pas tout à fait comme les autres.  Réalisé à l'occasion de « La Relève », il a entièrement été écrit par 200 personnalités issues du monde économique, politique et médiatique. Leah Pisar-Haas, Présidente du Projet Aladin était également parmi les invités. 

Las Vegas : Une Amérique en larmes, mais toujours en armes

C'est tristement systématique : dans le sillage de chaque fusillade meurtrière, l'Amérique vit une remise en question existentielle sur un sujet complexe, sensible et débordant de contradictions - le droit d'acheter et de porter des armes à feu.

Généralement, après une brève période d'introspection et de débat national, c'est le statu quo qui l'emporte.

Un schisme politique profond déchire la société américaine. Il ne s'agit pas du simple droit à l'autodéfense, qui remonte à la période du Far West. Le droit de porter une arme est ancré dans la Constitution, protégé par le deuxième amendement. Pour une majorité d'Américains, c'est une question de liberté. Il est vital de protéger ce droit fondamental, dans la lignée des Pères fondateurs.

Après le carnage de Las Vegas, le « New York Times » décortique une étude statistique publiée par l'institut de sondage SurveyMonkey, qui montre que ce sujet est probablement le révélateur le plus fiable des choix électoraux. Près d'un an après la victoire de Donald Trump, cette analyse recoupe des cartes électorales de 2016 avec celles montrant les régions où la majorité des électeurs détient des armes à feu. Rouge pour les Républicains, bleu pour les Démocrates.

Il montre ainsi que les habitants de foyers possédant une arme à feu ont voté pour Trump à 63 %, alors que ceux n'en disposant pas ont voté pour Clinton à 65 %.

Selon le « New York Times », il n'y a pas aujourd'hui d'autre caractéristique démographique qui crée une division politique aussi cohérente.

Cela ne veut pas forcément dire que le sujet des armes à feu est plus clivant que la race ou le niveau d'éducation au sein de la société américaine. C'est plutôt que ce segment de l'électorat s'auto-sélectionne : les armes sont majoritairement achetées par des hommes blancs n'ayant pas effectué d'études secondaires, vivant dans des zones rurales.

Il existe donc une forme de corrélation, qui sera intéressante à suivre dans les décennies à venir, au fil des évolutions démographiques, alors que la composition ethnique de l'électorat américain change en faveur des minorités.

Paradoxe glaçant : le cours en Bourse des compagnies cotées productrices d'armes a tendance à grimper après chaque carnage : de nombreux Américains du côté « rouge » de la carte réagissent à chaque fusillade en s'achetant de nouvelles armes, de peur qu'elles ne soient bannies.

 

Leah Pisar-Haas