La jeunesse face à la radicalisation


 La jeunesse face à la radicalisation

La Mairie de Paris  a accueilli le lundi 29 mai 2017 une conférence de réflexion et de mobilisation organisée par le Projet Aladin sur l’avenir des jeunesses euro-méditerranéennes face à l’intolérance et à l’extrémisme. 

                                                                                                         

Séance d’ouverture

Après le mot de bienvenue de M.  Abe Radkin, Directeur exécutif du Projet Aladin rappelant les actions de l’organisation en faveur du dialogue interculturel, de l'enseignement des réalités historiques de l'Holocauste et de la lutte contre l’intolérance et l’extrémisme par l’éducation – via son programme des universités d’été internationales pour le rapprochement interculturel notamment, M. Getachew Engida, Directeur général adjoint de l’UNESCO a ouvert la conférence.

M. Engida a souligné l’importance de la tenue d’un tel évènement quelques jours après les attaques terroristes survenues à Manchester  (Royaume Uni). Il a rappelé le rôle crucial de l’internet et des réseaux sociaux dans la propagande extrémiste et dans le processus de radicalisation – particulièrement auprès des jeunes - et la nécessité d’un « contre discours » fort en ligne. Il a insisté sur le fait que « personne ne naît extrémiste violent » et a mis l’accent sur  rôle de l’éducation dans la lutte contre la radicalisation des plus jeunes, et ce, à travers le monde. Il a rappelé les différentes initiatives de l’UNESCO et de ses partenaires (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie notamment) dans la prévention de l’extrémisme violent et de la radicalisation ainsi que dans la promotion du dialogue interculturel, clé d’une paix durable et du vivre ensemble. Enfin, il a conclu en encourageant les organisations et les gouvernements à prendre des mesures concrètes afin de promouvoir et soutenir la diversité de nos sociétés.

La séance d’ouverture s’est poursuivie avec l’intervention d’Anar Karimov, Ambassadeur, Délégué permanent de l’Azerbaïdjan auprès de l’UNESCO qui a réaffirmé l’engagement de l’Azerbaïdjan dans la lutte contre l’extrémisme violent, la promotion d’une culture de paix, du dialogue interculturel et interreligieux – tout particulièrement à travers le « Baku Process ». M. Karimov a rappelé le positionnement unique de l’Azerbaïdjan : à la rencontre de différentes cultures, religions et civilisations, au carrefour entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud, et membre d’organisations islamiques et européennes, qui lui permet d'assumer un rôle de véritable pont. Enfin, il a insisté sur l’importance de l’histoire et de la transmission de ses leçons dans la prévention des génocides et a mis en avant le rôle crucial de l’éducation dans la prévention de l’extrémisme et de la radicalisation.

M. Adama Dieng, conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention des génocides a conclu cette séance d’ouverture en soulignant l’importance de la promotion de l’interculturel et de l’interreligieux ainsi que du respect de la diversité dans nos sociétés. Mettant à son tour en avant le rôle déterminant de l’éducation dans la lutte contre l’extrémisme, il a souligné l’influence des leaders religieux et leur responsabilité dans la prévention de la radicalisation des jeunes. Il a par la suite mis en évidence le chômage comme l’une des pires menaces pour la paix et la sécurité internationale et insisté lui aussi sur le rôle d’internet dans  les propagandes extrémistes de Daech, de partis xénophobes, de groupes suprématistes etc. Il a rappelé le besoin d’une réponse globale et solidaire aux défis que représentent l’extrémisme violent et la radicalisation, la création et l’utilisation de relais au sein de la société civile tels que le Projet Aladin pour mener le combat, promouvoir le vivre ensemble et le respect de la diversité.

Séance 1 : Le rôle de l’éducation dans la lutte contre l’extrémisme et la promotion du vivre-ensemble

La première séance a vu se succéder à la tribune M. Bakthiar Amin, ancien ministre des droits de l’homme d’Irak ; M. Boubou Cissé, ministre de l’économie du Mali ; Mme Muriel Domenach, secrétaire générale du Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation (CIPDR) ; M. Jens Nymand-Christensen, directeur général adjoint à la DG Education et Culture de la Commission européenne, et M. Jean Pierre Obin, Inspecteur général de l’éducation nationale honoraire, président de la Commission Formation et Education du Projet Aladin. Mme Leah Pisar, membre du conseil d’administration du Projet Aladin a présidé la séance. 

Ensemble, et chacun du point de vue de son pays et de son organisation, ils ont abordé le rôle de l’éducation dans la lutte contre l’extrémisme et la promotion du vivre-ensemble.

Alors que certains ont mis en avant la mauvaise gestion de la diversité au niveau religieux, culturel, éducationnel, médiatique et la nécessité de contrôler d’avantage ce qui est prêché dans les mosquées, (indiquant que les oulémas, les imams pouvaient jouer un rôle d’éclaireur de la jeunesse) –  dans le cas de Bakhtiar Amin en Irak, d’autres comme M. Cissé ont mis en avant la nécessité de traiter le problème à la source du problème de la radicalisation, à savoir, au Mali, les inégalités, la marginalisation et l’exclusion « Le mécanisme utilisé par ceux qui manipulent doit être mitigé en traitant les causes profondes du problème ». Tous deux ont par ailleurs souligné le fait que l’action armée/militaire dans leurs pays n’était pas suffisante pour combattre l’extrémisme et devait nécessairement être accompagnée d’une action de prévention. Mme. Domenach a insisté sur cette notion précisant que la France était passée à la suite des attentats de 2015 d’une phase de sidération et de fantasme de dé-radicalisation à une politique de prévention de la radicalisation. Tous ont insisté sur l’engagement des états à former à la citoyenneté et sur le besoin d’acceptation de la diversité par l’éducation aux valeurs de paix et de tolérance. Jean Nymand-Christensen a pour sa part souligné le manque de repères culturels et l’absence d’une culture de référence comme problèmes majeurs des jeunes en voie de radicalisation.

Séance 2 : Construire un réseau universitaire pour faire barrage à l’extrémisme – les Universités d’été du Projet Aladin 

 Professeur parfitt avec les étudiants

Nos « Jeunes ambassadeurs de la Paix et du rapprochement des Cultures », huit étudiants allemands, américains, français, israéliens, tunisiens, irakiens, émiratis et anglais des universités d’été 2015-2016 du Projet Aladin dont les projets de recherche ont été sélectionnés par un jury international ont présenté leurs travaux lors de la seconde séance de la conférence, présidée par le professeur Tudor Parfitt, président de notre commission académique. Lancé en 2013 sous le patronage de l'UNESCO avec le soutien de la Commission européenne (programme Erasmus+) et en partenariat avec trente-cinq universités africaines, américaines, européennes et moyen-orientales, le programme des universités d’été internationales pour le rapprochement interculturel est une initiative inédite visant à créer un réseau international de futurs dirigeants attachés aux valeurs de paix, d’amitié entre les peuples et de rapprochement entre les cultures.

Les étudiants de l’université d’été 2015, Mayssa Arfaoui de l’Université de Tunis la Manouba (Tunisie) ; Dlpak Hawrami, de l’American University of Irak  et Thomas Just de Florida International University  (Etats-Unis) ont présenté leur travail de groupe sur le thème « Branding Extremism: The Imagery of Nazi and Contemporary Islamist Movements ». Puis les étudiants de l’université 2016, Abigail Vollach de Tel Aviv University (Israël) ; Lena Herenz, de Freie Universität Berlin (Allemagne) et Muminat Kerimova de Florida International University (Etats-Unis) ont à leur tour présenté leur travail sur « North-South Migration: Why do women join the Islamic State?».

Les étudiants ont ensuite partagé leurs expériences du programme des universités d’été et échangé avec le professeur Parfitt sur les avantages et les difficultés liés au leur travail en commun tout particulièrement entre personnes d’origines et de cultures différentes ainsi que sur les apports de cette expérience unique, tant sur le plan académique, humain que professionnel. Enfin, ils ont de plus abordé la question de la construction de réseaux universitaires euro-méditerranéens – tels que celui du Projet Aladin – comme moyen de lutte contre la radicalisation des jeunes, de promotion de l’apprentissage interculturel, du respect de la diversité, des valeurs de solidarité, d’égalité des chances et des droits de l’homme auprès des jeunes.

Clôture :

Le discours de clôture de la conférence a été prononcé par Mme Anne Marie Revcolevschi, Présidente du Projet Aladin.  Elle a présenté un résumé des débats et échanges et a rappelé que l’éducation se doit d’être au cœur de tous les efforts de lutte contre le terrorisme djihadiste, les nationalismes populistes, l’antisémitisme et le racisme pour construire un monde de paix et de justice.

Anne -Marie Revcolevschi

 

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