Kenbib: L’élément juif fait partie d’une mosaïque ethnoculturelle au Maroc


16/02/17

Casablanca – L’élément juif fait partie d’une sorte de kaléidoscopie et de mosaïque ethnoculturelle au Maroc, a souligné, mercredi, le 15 février 2017 à Casablanca, le professeur universitaire, spécialiste d’histoire contemporaine, des relations internationales et des questions des minorités ethnoculturelles à l’Université Mohammed V de Rabat, Mohammed Kenbib.

Lors d’une rencontre dédiée à la présentation de son ouvrage « Juifs et musulmans au Maroc : Des origines à nos jours », organisée en marge de la 23-ème édition du Salon international de l’Edition et du Livre (SIEL), M. Kenbib a expliqué, dans une déclaration à la MAP, que la composante juive se situe dans la diversité et le pluralisme qui a caractérisé le peuple marocain.

« Cette diversité est liée à l’histoire et au courant migratoire qui ont caractérisé le Royaume, ainsi qu’à sa position comme carrefour entre l’Europe et l’Afrique, entre autres », a-t-il dit, ajoutant que cette diversité ethnoculturelle persiste jusqu’à maintenant.

Cet ouvrage, fondé sur des données historiques, des archives à la fois marocaines et étrangères, remet en perspective la présence des communautés juives du Maroc plus que bimillénaire dans le pays, a relevé le professeur, précisant qu' »avant le milieu du 20ème siècle, les communautés juives du Maroc étaient fortes de 250.000 âmes coexistant avec dix millions de musulmans, alors qu’aujourd’hui, elles comptent moins de 3.000 personnes ».

Il a aussi mis en avant leur contribution à l’histoire du Royaume, à sa culture, son patrimoine, son économie, ses échanges maritimes et sa diplomatie, en étudiant ainsi la diversité des fondements de leurs relations avec les autres populations.

Par ailleurs, M. Kenbib a fait savoir que la première partie du livre s’intéresse à une analyse des composantes de la cohabitation des relations inter-communautaires entre juifs et musulmans, tandis que la 2ème partie traite des mutations et des transformations qui ont affecté « ces relations qui n’ont pas continué à évoluer comme elles l’étaient auparavant ».

Ce livre, qui analyse les bouleversements provoqués par la présence européenne, le protectorat, la 2ème guerre mondiale, principalement le Shoah, et le conflit du Moyen-Orient, évoque aussi les juifs du Maroc d’aujourd’hui, ainsi que les liens que gardent avec ce pays près d’un million de leurs coreligionnaires d’origine marocaine vivant pour la plupart en Israël, en France, au Canada et ailleurs dans le monde.

L’expert en histoire a de même rappelé qu’en 2011, cas unique dans le monde arabo-musulman, une référence explicite à l' »affluent hébraïque » de la culture marocaine a figuré dans le préambule de la Constitution du Maroc, mettant ainsi en exergue la diversité de la culture marocaine.

Pour sa part, l’écrivain et philosophe Abdou Filali Ansary, a relevé que « le judaïsme est omniprésent dans les conceptions que les musulmans se font d’eux mêmes et du monde », notant qu’il est impossible de se concevoir soi-même sans la présence de cette dimension essentielle.

Il a, par ailleurs, fait remarquer que l’écrivain mène le lecteur vers une longue épopée, qui étudie les différences qui se sont créées entre les deux communautés, musulmanes et juives, faisant observer que ces derniers étaient attachés à leur pays et à leur marocanité malgré les confrontations et les aléas qu’a connu ponctuellement cette cohabitation.

Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, la 23ème édition du SIEl, qui se poursuit jusqu’au 19 février 2017, accueille des activités auxquelles participeront des écrivains marocains, arabes et étrangers, comprenant des tables rondes thématiques, des rétrospectives axées sur la pensée et des ateliers pour enfants.