Juifs, musulmans, chrétiens à Auschwitz: Unis contre le négationnisme, le racisme


 Communiqué de presse

Paris, le 7 février 2011

 

Visite historique à Auschwitz :

200 personnalités de tous horizons et de 40 pays se réunissent contre le négationnisme et le racisme, lancent un appel pour la paix et le rapprochement interculturel

 

Plus de 200 personnalités de quarante pays venues de cinq continents ont bravé des températures en dessous de zéro le mardi 1er février pour rendre hommage aux victimes de la Shoah dans le camp nazi d'Auschwitz-Birkenau, à l’invitation du Projet Aladin en partenariat avec l'UNESCO et la Mairie de Paris.
La visite de cette délégation internationale, dirigée par la présidente du Projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi ; David de Rothschild, président du Fonds Aladin ; Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, et Bertrand Delanoë, maire de Paris, avait pour but de rappeler les conséquences dramatiques du nazisme et du fascisme ; de rejeter le négationnisme et la banalisation de la Shoah, et d’appeler les dirigeants politiques, religieux et intellectuels à travers le monde à lutter contre les nouvelles et anciennes formes d’antisémitisme, de racisme et d’intolérance.
Asha-Rose Migiro, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, envoyée spéciale de Ban Ki-moon, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder, les anciens présidents de Croatie et de Mauritanie Stepjan Mesic et Ely Ould Mohamed Vall ; Mevlut Cavusoglu, président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, et les envoyés spéciaux et représentants des Chefs d'Etat et de Gouvernements de Pologne, France, Israël, USA, Russie, Turquie, Maroc, Jordanie et Irak étaient parmi les membres de la délégation internationale qui comprenait aussi les maires de Paris, Madrid, Bucarest, Erbil (Irak), Rabat, Casablanca, Fès, Meknès (Maroc), Libreville (Gabon), Cotonou (Bénin), Sarajevo, Ouagadougou (Burkina Faso) et Bamako (Mali).
La délégation comprenait également des politiques, religieux et intellectuels algériens, allemands,

américains, britanniques, espagnols, français, irakiens, iraniens, israéliens, jordaniens, marocains, pakistanais, palestiniens, polonais, roumains, tunisiens et turcs.

Dix survivants de la Shoah: Samuel Pisar, Raphael Esrail, Ida Grinspan, Ginette Kolinka, Yvette Levy, Izio Rosenman, Nicolas Roth, Meir Lau, Roman Frister et Marian Turski ont pris part à la visite et ont témoigné de leur expérience et des horreurs qu’ils ont subies dans les camps. Après une visite du camp d’extermination de Birkenau, les membres de la délégation se sont réunis au Monument international pour une cérémonie oecuménique juive, chrétienne et musulmane suivie par une minute de silence. Le chanteur américain Theodore Bikel a chanté en yiddish le Chant des partisans à capella. Des gerbes ont été déposées et des bougies allumées en mémoire des six millions de victimes juives de la Shoah.
Les prières ont été conduites par l'ancien Grand Rabbin d'Israël Meir Lau ; le Dr Mustafa Ceric, Grand Mufti de Bosnie ; le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Parmi les chefs religieux présents figuraient le Cardinal Stanislaz Dziwisw, archevêque de Cracovie ; le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim, le Cheikh Khamis Abda, le président des imams des territoires palestiniens, le Grand Rabbin de Strasbourg René Gutman, le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Abduljalil Sajid, président du Conseil musulman pour l'harmonie religieuse en Grande Bretagne, le Grand Rabbin de Pologne Michael Schudrich, Alexandre Sinyakov, directeur des relations oecuméniques dans le diocèse de Chersonèse du Patriarcat de Moscou, Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux et président de l'Association des Imams de France, et Assani Fassassi, Secrétaire général de la Fédération Française des Associations Islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles en France.
Dans son discours prononcé après la récitation des prières juives du Kaddish, le Grand Rabbin Meir Lau a notamment déclaré: «Quand un chef spirituel du monde musulman vient ici pour voir de ses yeux le plus grand cimetière de l'histoire de l'humanité, c’est un message à ceux qui nient l'Holocauste. "
Lui succédant, après la prière du Cardinal André Vingt-trois, le Grand Mufti Mustafa Ceric déclarait pour sa part : "Je suis venu voir de mes propres yeux l'étendue du mal que l'être humain peut faire(…). Nous devons apprendre à nos jeunes dans les mosquées, les églises et les synagogues ce qui s'est passé ici", avant de réciter al-Fatiha, la prière mortuaire des musulmans.
Saluant l’initiative du Projet Aladin de réunir des leaders religieux du Judaïsme, du Christianisme et de l'Islam à Auschwitz, le cardinal André Vingt-Trois a ajouté: «C'est un moment particulièrement important, car cela montre que les religions veulent faire face à cette situation difficile, ensemble. "
Dans l'après-midi, la délégation a visité le camp d’Auschwitz I avant la cérémonie de clôture, où sont notamment intervenus Gerhard Schroeder, Asha-Rose Migiro, Bertrand Delanoë et Mevlut Cavosoglu. Samuel Pisar, parlant au nom des survivants, a dit: «Que la lampe magique d’Aladin qui en arabe signifie la noblesse de la foi, éclaire le chemin des enfants d’Abraham et de tous ceux qui aspirent à la tolérance, à la réconciliation et à la paix. »
Anne-Marie Revcolevschi a clôturé la journée par ces mots : « Chacun d’entre nous, quelle que soit sa fonction ou sa place, peut faire en sorte que l’humanité avance ou recule. Aujourd’hui nous sommes tous venus pour la faire avancer. »
Mme Revcolevschi a tenu à souligner le travail remarquable du directeur exécutif du Projet Aladin, Abe Radkin, et de l’ensemble de son équipe pour l’organisation de ce voyage inédit. Elle a remercié le Gouvernement et le Ministère des Affaires étrangères de Pologne, le Directeur du Musée d’Auschwitz, le Consul général de France à Cracovie, et les autorités locales de Cracovie et d’Oswiecim pour leur coopération dans le bon déroulement de la visite. Elle a aussi remercié les partenaires du voyage : le Ministère français des Affaires étrangères, la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du Ministère français de la Défense, la Fondation Edmond J. Safra, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et le Mémorial de la Shoah pour avoir permis au Projet Aladin de réaliser cette visite.
De nombreuses personnalités qui ne pouvaient pas se joindre à la délégation internationale ont envoyé des messages de solidarité. Citons le prince Hassan de Jordanie, le Grand Mufti d'Egypte Ali Goma'a, le Grand Cheikh d'Al-Azhar Dr Ahmed Al-Tayeb, ou encore le Grand Mufti du Caucase Sheikh Allahshkur Pashazada et le maire de Berlin Klaus Wowereit. Les membres de la délégation égyptienne et quelques personnalités tunisiennes et algériennes n'ont pu assister à ce voyage en raison de la situation politique actuelle de leurs pays. Le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, également Président de l'Organisation de la Conférence islamique avait écourté sa participation au Sommet africain d'Addis-Abeba pour participer à la conférence de presse à l'Hôtel de Ville de Paris le lundi 31 janvier. Il devait se rendre en Pologne pour présider la délégation internationale, mais a du renoncer à son voyage en raison d’un ennui technique relatif à son avion personnel.
Avec plus de 50 journalistes présents à Auschwitz, cette visite qualifiée « d’historique» a reçu une couverture médiatique internationale considérable.