Juifs et musulmans, cent cinquante années d'incompréhension


08/11/2013

L'antagonisme entre juifs et musulmans est-il le fait du seul conflit israélo-palestinien? Sûrement pas. Les prémices de cette rupture datent de l'époque coloniale. "Une mutation profonde de l'image du juif se dessine à partir du milieu du XIXe siècle dans le monde arabo-musulman, rappelle l'historien Michel Abitbol. Au-delà du contentieux religieux traditionnel, il est désormais considéré comme un adversaire politique qui a troqué la dhimma de l'islam contre la protection de la chrétienté." Cette rupture coloniale est illustrée, en Algérie, par le  décret Crémieux de  1870, lequel achève de séparer le statut juridique des juifs de celui des musulmans autochtones.

Banalisation de l'antisémitisme

Depuis, un fossé d'incompréhension n'a cessé de se creuser. À voir les salons du livre, de Beyrouth à Casablanca, exposer sans retenue des éditions locales (en arabe et en français) des Protocoles des Sages de Sion, on mesure la banalisation de l'antisémitisme en terre d'Islam, qui prospère sur les terrains de l'ignorance. Beaucoup croient que ce texte, un faux datant de la Russie tsariste, décrit un complot authentique des juifs pour conquérir le monde. Et dans les caricatures de presse qui illustrent le conflit israélo-arabe, les canons de l'antisémitisme européen sont repris sans fard.

Le Projet Aladin, lancé en 2009 sous le parrainage de l'Unesco, lutte contre cet engrenage de haine. Il rassemble des personnalités diverses : le chasseur de nazis Serge Klarsfeld, le philosophe marocain Abdou Filali-Ansary, l'essayiste et consultant français (d'origine tunisienne) Hakim el-Karoui... Des livres traitant de la Shoah, dont Le Journal d'Anne Frank, et Si c'est un homme, de Primo Levi, ont été traduits en arabe et en persan pour la première fois. Ils sont mis à disposition gratuitement sur le web.