Il y a 70 ans, le Vel' d'Hiv, la plus grande rafle de Juifs en France


Selon Serge Klarfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France, 1.129 hommes, 2.916 femmes et 4.115 enfants furent entassées au Vel d'Hiv pendant quatre jours.

La quasi totalité des 13.152 des Juifs raflés à Paris furent déportés.

Parmi ceux du "Vel d'Hiv", moins d'une centaine - aucun enfant - survécurent, souligne Serge Klarsfeld.

Ils furent ensuite emmenés dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret), quelque 3.000 enfants en bas âge étant brutalement séparés de leurs parents déportés les premiers. Les enfants furent ensuite déportés entre le 17 et 31 août à Auschwitz, précise à l'AFP M. Klarsfeld.

Simultanément 1.989 hommes et 3.003 femmes, couples sans enfant et célibataires, étaient arrêtés et enfermés dans le camp de Drancy avant d'être également déportés à Auschwitz.

"L'antisémitisme d'Etat de Vichy et sa politique de collaboration avec le IIIe Reich, qui a programmé l'extermination des Juifs, ont conduit à la déportation d'abord des Juifs étrangers puis des Juifs français", explique l'historien Jean-Pierre Azéma à l'AFP.

La loi du 3 octobre 1940 sur le statut des Juifs français visant à "limiter leur influence" et celle du 4 octobre 1940 permettant l'internement des Juifs étrangers par les préfets distinguent Juifs français et apatrides, venus d'Allemagne et d'Europe centrale pour fuir les persécutions nazies.

L'extermination des Juifs par les Allemands débute dès 1941 avec la "Shoah par balles", soit plus d'un million d'exécutions par les Einsatzgruppen (groupes d'intervention), relève Jean-Pierre Azéma.

Responsabilité de la France

En France, les premières rafles commencent avec l'arrestation, le 14 mai 1941, par la police parisienne de 3.700 juifs étrangers. Trois mois plus tard, fin août, 4.200 hommes, dont 1.500 juifs français, sont arrêtés et envoyés à Drancy, placé sous l'autorité du préfet de police de la Seine.

Sept mois plus tard, la rafle du 12 décembre 1941 s'inscrit officiellement dans une série de mesures de représailles allemandes pour détenir des "otages" après les premiers attentats contre l'armée allemande à Paris.

A la conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942 à Berlin, une quinzaine de hauts responsables nazis, organisent la "solution finale à la question juive" et fixent les procédures de déportation des Juifs d'Europe occupée vers les camps d'extermination.

Le 27 mars 1942, le premier "train spécial", emportant 1.112 juifs de France vers le camp d'extermination d'Auschwitz, quitte Compiègne (Oise), marquant le début de la déportation de près de 76.000 hommes, femmes et enfants juifs.

Début mai 1942, le général SS Karl Oberg, chargé de la "question juive", s'installe à Paris et demande à René Bousquet secrétaire général de la police d'arrêter tous les Juifs de la zone nord occupée. "Vichy va alors se faire le complice des Allemands en livrant d'abord les Juifs étrangers", estime Jean-Pierre Azéma.

Pierre Laval demande que les enfants juifs de la zone nord soient également déportés. La rafle du Vel d'Hiv peut alors commencer à partir du fichier juif constitué par Vichy dès l'automne 1940.

Cinquante-trois ans plus tard, le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît devant le monument commémoratif du Vel d'Hiv la responsabilité de la France : "Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français".