Il n'y a pas d'ennemis héréditaires


28 novembre 2017

« Il n'y a pas d'ennemis héréditaires ». Cette affirmation peut paraître surprenante de la part d'un des plus jeunes rescapés d'Auschwitz, de Dachau et de Majdanek. Mais, c'est pourtant un principe essentiel que m'a inculqué mon père qui, malgré tout ce qu'il a vécu, tout ce qu'il a perdu, a toujours cru que l'humanité n'est pas condamnée à un comportement fratricide.

C'est aussi l'un des principes fondateurs du  Projet Aladin , créé il y a dix ans pour faire face à la montée du racisme, de l'antisémitisme, de l'islamophobie et de la xénophobie - à travers l'éducation et les échanges. Car l'avenir doit se construire non pas sur le rejet de l'Autre, mais sur la connaissance et le respect de chacun.

Leçons de l'histoire

Aujourd'hui, plus que jamais, cette mission est existentielle. Dans un monde à nouveau déboussolé, contaminé par les  fake news , les flambées de haine, elles, semblent vraies et concrètes. Partout sur la planète - en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Amérique - on constate une montée de tensions interethniques et interreligieuses, d'attaques kamikazes sanglantes, et de discours démagogiques issus d'une extrême droite dont l'intensité fait frémir.

Soixante-dix ans après la Shoah, il est alarmant de voir, pêle-mêle, l'alt-right défiler à Charlottesville, torches au poing, en clamant : « Juifs, vous ne nous remplacerez pas », des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Varsovie appelant à un « holocauste musulman », des dirigeants iraniens qui qualifient la Shoah de « mythe » et, il y a quelques jours, un monstrueux carnage en Egypte, commis par des terroristes islamistes sur leurs propres frères soufis.

L'humanité a-t-elle donc la mémoire si courte ?

L'humanité a-t-elle donc la mémoire si courte ? Le Projet Aladin revendique son devoir de vigilance, sa vocation à enseigner les leçons de l'Histoire afin de mieux comprendre, et mieux combattre, les racines de toutes les haines ; de mettre en garde les générations futures de toutes les races, couleurs et croyances, et particulièrement ceux qui prient le même dieu abrahamique, contre les dangers qui guettent à nouveau.

Des personnalités mobilisées

Les efforts diplomatiques officiels, pour essentiels qu'ils soient, ne suffiront pas. Ils doivent être accompagnés d'un engagement plus informel, et donc plus franc et spontané, au sein de la société civile. Si nous pouvons contribuer à un dialogue interculturel fructueux et de nouvelles formes de rapprochement, alors nous pourrons peut-être aspirer à briser le cycle vicieux de l'extrémisme islamiste et de la xénophobie de l'extrême droite.

C'est pour relever ce défi que le Projet Aladin a lancé son Comité de conscience, qui a pour mission d'entreprendre une réflexion commune et d'encourager les décideurs et les acteurs de la société civile à travers le globe à agir pour freiner la haine dans toutes ses manifestations.

Quatre-vingts personnalités européennes, américaines, arabes, africaines, israéliennes se sont ainsi réunies à Paris pour débattre de l'avenir du vivre-ensemble en France et en Europe, des relations entre le monde musulman et l'Occident, de comment unir cette diversité des cultures afin de créer un monde un peu plus harmonieux.

Ce groupe éclectique de penseurs, de diplomates, de chefs religieux et de militants ne partage pas forcément la même analyse sur tant de sujets géopolitiques, qu'il s'agisse des changements internes en Arabie saoudite, du conflit sectaire entre le monde chiite et le monde sunnite, de l'impact de la défaite de Daech en Syrie et en Irak ou sur le phénomène de la radicalisation en Europe. Pourtant, les participants sont unanimes à penser qu'aujourd'hui la confluence de nombreux facteurs a créé une opportunité historique pour renforcer les liens interculturels, tant en Europe qu'au Moyen-Orient.

La franchise et le courage de cette assemblée, tout comme les réactions de quasiment chaque personne à qui je fais part de notre projet, me donnent l'espoir que, malgré les nuages qui assombrissent le ciel, en travaillant main dans la main, les décideurs politiques et les forces de la société civile peuvent frayer un vrai chemin de rapprochement et de réconciliation.

Leah Pisar est présidente du Projet Aladin qui oeuvre pour le rapprochement interculturel et le rejet du négationnisme, du racisme et de l'antisémitisme.