Génocide arménien : la Turquie présente ses condoléances aux descendants des victimes


24/04/2014

Près de cent ans après les massacres de 1915, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a présenté hier les condoléances de son pays aux petits-enfants des victimes du génocide arménien dont on commémore aujourd'hui, la date anniversaire.

En janvier, lors de la première journée de sa visite d'État à Ankara, François Hollande avait exhorté Recep Tayyip Erdogan à faire son «travail de mémoire» sur le génocide des Arméniens. Depuis hier, c'est chose faite. Le Premier ministre turc, a présenté les condoléances de la Turquie «aux petits-enfants des Arméniens tués en 1915» lors des massacres visant cette communauté sous l'Empire ottoman.

«C'est un devoir humain de comprendre et de partager la volonté des Arméniens de commémorer leurs souffrances pendant cette époque» a écrit M. Erdogan. «Nous souhaitons que les Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances du début du XXe siècle reposent en paix et nous exprimons nos condoléances à leurs petits-enfants», ajoute-t-il dans son communiqué.

C'est la première fois que le chef de gouvernement turc s'exprime aussi ouvertement sur ce drame survenu entre 1915 et 1916, et reconnu comme un génocide par de nombreux pays. La Turquie, en revanche, n'accepte toujours pas le terme de génocide. C'est pourtant cette date terrible qui, le 24 avril 1915 allait donner le coup d'envoi du premier génocide du XXe siècle. Ce jour-là et tous les autres qui suivirent jusqu'en juillet 1916, suivant un plan établi à l'avance par le parti des «Jeunes-Turcs» dirigeant l'Empire ottoman, un million et demi d'Arméniens allaient être torturés puis assassinés, des milliers d'autres déportés, sans compter la plupart de leurs biens qui furent confisqués en vue de mettre un terme aux revendications d'indépendance. Depuis lors, les gouvernements turcs successifs ont lutté pour faire oublier cette sombre part du passé mais le négationnisme continue d'alimenter racisme et haine contre les Arméniens. Néanmoins, «une partie de la société civile turque organise avec courage depuis quelques années, la commémoration du génocide» rappelle le Collectif signataire d'une tribune dans Le Monde d'hier. L'année dernière, pour la première fois en presque un siècle, une délégation étrangère, composée de dirigeants de la diaspora arménienne et de dirigeants antiracistes européens, a pris part aux commémorations en Turquie. Et demain, à l'aube du centenaire du génocide, ces citoyens turcs ont pris rendez-vous. Parce que cette «démarche de reconnaissance permet simultanément aux membres de la diaspora arménienne et aux Arméniens de Turquie, qui ont résisté à l'exil, de porter ouvertement le deuil de leurs ancêtres, comme elle permet aux organisations et individus turcs de demander pardon aux descendants des victimes de certains de leurs ancêtres».

La date choisie par le Premier ministre turc pour formuler des condoléances n'est donc pas un hasard. Reste un pas à franchir qui n'est pas des moindres dans une société traversée par les extrêmes : passer de la reconnaissance actuelle «du prétendu génocide arménien» à la reconnaissance tout court. Les archives ottomanes de l'époque n'ont toujours pas été ouvertes.