Comment dit-on «Holocauste» en arabe?


Les dernières recherches sur les attitudes arabes face à l'Allemagne nazie montrent qu'il y avait des cercles arabes et musulmans qui se sont opposés à Hitler, mais le soutien aux nazis était largement répandu et, au fil du temps, les Arabes ont vu la Shoah comme un mythe sioniste.

Aladin était le fils d'un tailleur pauvre qui a obtenu la richesse grâce à une lampe magique, selon l'une des histoires des Mille et une nuits. La réalité, cependant, est plus complexe et difficile. Mais peut-être y  a-t-il encore quelque chose de symbolique dans le nom du " Projet Aladin », une organisation non-gouvernementale basée en France et visant à rendre le monde arabe et musulman plus familier avec l'histoire de l'Holocauste. Une mission difficile, en effet.

Les dernières recherches sur les attitudes arabes face à l'Allemagne nazie montrent qu'il y avait des cercles arabes et musulmans qui ont été opposés à Hitler pour des raisons politiques et idéologiques, y compris le souci que la persécution des Juifs en Europe les pousse à émigrer en Palestine. Mais le soutien arabe aux nazis était plus répandu, et il y avait des Arabes favorables à l'anéantissement des Juifs. En outre, au fil du temps, plus l'Holocauste a été utilisé comme une justification pour la création de l'Etat d'Israël - plus la tendance chez les Arabes à considérer le génocide comme un mythe sioniste et à le réfuter entièrement, a grandi. Cette tendance a atteint un pic avec la conférence internationale des négationnistes de l'Holocauste, qui s'est tenue en 2006 à Téhéran.

Tout cela inquiète Anne-Marie Revcolevschi: La négation de l'Holocauste en général, et dans les Etats arabes et musulmans en particulier, lui semble être une menace majeure pour la démocratie et les droits de l'homme, ainsi que pour les relations entre les Juifs et les musulmans. Dr Revcolevschi, professeur de littérature de 69 ans, est une française bien introduite dans son pays, et partage des valeurs de gauche. Elle a travaillé comme chargée de mission au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, et a été directeur de la Fondation française pour la Mémoire de la Shoah.

En mars 2009 Mme Revcolevschi a lancé le Projet Aladin avec d'autres personnalités françaises, parmi lesquelles la femme politique Simone Weil, l’avocat et chasseur de nazis Serge Klarsfeld, et Claude Lanzmann, l'auteur du documentaire «Shoah». L’écrivain Elie Wiesel, qui vit aux Etats-Unis, s'est également impliqué dans l'organisation.

L’hypothèse de travail du groupe est assez simple: plus les Arabes et les musulmans en sauront sur l'Holocauste, moins ils seront enclins à le nier, et plus les chances qu'ils se rapprochent des Juifs seront grandes. Le modus operandi était assez simple, dès le départ: Le Projet Aladin traduit «Le Journal d'Anne Frank" en arabe. Puis ils ont traduit "Si c'est un homme» de Primo Levi et une série d'autres ouvrages bien connus sur l'Holocauste, y compris le travail de pionnier de Raul Hilberg "La destruction des Juifs d'Europe." Tous les livres peuvent être téléchargés à partir d'Internet. "Le Journal d'Anne Frank" en arabe a enregistré quelque 30.000 téléchargements à ce jour.

Ils ont organisé des conférences et des rencontres, des visites à Auschwitz, et aussi sous-titré «Shoah» de Claude Lanzmann en plusieurs langues. Le film de neuf heures a été diffusé dans son intégralité à la télévision turque et également sur une chaîne de télévision américaine qui diffuse en Iran.

Le Projet Aladin fonctionne sous les auspices de l'UNESCO, il a reçu le soutien public de plusieurs hommes d'État, y compris celui de l'ancien président français Jacques Chirac, et de plusieurs dirigeants arabes et musulmans - parmi lesquels le président du Sénégal, le roi du Maroc, le prince Hassan de Jordanie, le grand mufti d'Egypte et d'autres. L'organisation a réalisé des projets jusqu’en Irak. Une part importante du budget provient de fondations juives, telles que Safra et Rothschild, mais aussi de dizaines de personnes actives à l'Ouest. En revanche, il n’y a presque pas d’Israéliens.

Ce n'est pas un hasard, selon Anne-Marie Revcolevschi: Ils essaient de rester aussi loin que possible du conflit israélo-palestinien, dit-elle. En aucun cas, elle et ses collègues ne veulent se laisser entraîner dans la controverse sur la reconnaissance par les israéliens de la Nakba.

Parmi les personnalités qui sont engagées pour l'ONG, on trouve le philosophe palestinien Sari Nusseibeh, mais en dépit de la tentative de séparer le sujet de l'Holocauste du conflit, la participation des Palestiniens dans cette entreprise a jusqu'à présent échoué : au mieux, ils ne sont tout simplement pas venus aux événements organisés par le Projet Aladin à Jérusalem-Est. Au pire, ils refusent de parler de l'Holocauste sans évoquer aussi la Nakba et l'occupation.

Cette théorie semble juste: Israël ne peut pas être compris sans comprendre la place de l'Holocauste parmi les composantes de l'identité israélienne, et celui qui ne comprend pas son ennemi ne sera également pas en mesure de faire la paix avec lui.

Dans tous les cas, la réalité ne facilite pas les choses pour les bonnes gens qui dirigent le projet Aladin: La semaine dernière Anne-Marie Revcolevschi séjournant à Jérusalem, a eu l'occasion d'assister à l'enterrement des victimes de la terreur islamiste à Toulouse.