Lancement réussi du livre "Connaître la religion de l'Autre"


 

        Lancement réussi du livre "Connaître la religion de l'Autre"

Collège des Bernardins

13 février 2019

En présence des personnalités françaises et internationales notamment  Eric de Rothschild, Jacques Toubon, Cheickh Al Jaber et les ambassadeurs des pays européens et du monde musulman.

 

De gauche à droite: Eric de Rothschild, Cheikh Al Jaber, Leah Pisar

 

De gauche à droite: Ghaleb Bencheikh, Hubert Védrine, S.Exc. Filip Vucak, 

 le Grand Rabbin Alexis Blum, Mgr Claude Dagens, Cheikh Al Jaber, Judith Pisar, envoyée spéciale de l'UNESCO pour la diplomatie culturelle; Leah Pisar, Philippe Gaudin, Pr. Waleed El Ansary, Rabbin Yann Boissière, Mohammed Moussaoui, Pr. Bernard Kanovitch, Mgr Jérôme Beau

 

De gauche à droite: Hubert Du Mesnil, directeur du Collège des Bernardins

et

Jacques Toubon, Défenseur des droits

 

           

 Mgr Alexis Leproux

 

C’est devant une salle comble que s’est déroulé le mercredi 13 février 2019, au Collège des Bernardins, prestigieux lieu de réflexion, le lancement de l’ouvrage « Connaître la religion de l’Autre », recueil de textes écrits par des représentants de premier plan des trois religions monothéistes , à l’initiative du Projet Aladin, partenaire officiel de l’UNESCO.

Une soirée riche de réflexions et d’échanges autour de thèmes essentiels, un livre que Renaud Girard, chroniqueur international du Figaro, qui présentait la soirée, décrivait en ces termes : « Un livre essentiel. Si j’étais ministre de l’Éducation, je mettrais ce livre au programme de philo.» Ouvrage qui vient à point-nommé car, soulignait Leah Pisar, présidente du Projet Aladin, « l’humanité semble avoir la mémoire démesurément courte. Il nous faut mettre en garde les générations futures contre les dangers qui guettent à nouveau. » Selon Renaud Girard, l'objectif de ce livre est de saisir la conscience nationale car, en effet, nous sommes confrontés aujourd’hui, à des tensions croissantes entre les trois religions monothéistes, l’antisémitisme et l’islamophobie, ainsi que l’instrumentalisation du religieux à des fins politiques. 

La vocation du livre va bien au-delà des frontières nationales ce que disait Monseigneur Alexis Leproux, président du Conseil d’administration du Collège des Bernardins, dans son allocation de bienvenue, car « l’immense défi de notre temps est de combattre l’ignorance » et «le Projet Aladin vient lui répondre en permettant aux trois grandes religions d’écrire ensemble un livre pour faire découvrir vraiment la religion de l’Autre. » Une nécessité pour Monseigneur Jérôme Beau, archevêque de Bourges, qui prononçait le discours d’honneur, estimant qu’il faut, en effet, « donner à chacun les moyens de connaître sa propre religion comme celle de l’Autre. La connaissance de l’Autre nécessite de faire tomber les préjugés. Il nous faut nous dire nos socles anthropologiques… éviter le syncrétisme…un danger pour tous qui nous pousserait à renier le point de vue de l’autre parce qu’on sentirait notre point de vue menacé. » Ce qui était complété par cette belle image de Ghaleb Bencheikh , président de la Fondation de l'Islam de France : « L’homme a besoin de ses deux ailes pour s’envoler: la connaissance et la sociabilité. Or, cette sociabilité ne peut advenir qu’avec l’altérité. ». Il ajoutait cette note optimiste : « Dieu a créé la diversité à dessein. On parviendra à créer une nation prospère et fraternelle pour tous. »

Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, président de l’Institut François Mitterrand a tempéré les choses en dressant ce constat : « Par ignorance mais aussi par fanatisme, je pense qu’il y a dans les ensembles civilisationnels et religieux des acteurs qui consciemment ou non jouent le clash…. Dans l’histoire, connaître la religion de l’Autre avait souvent pour but de les convertir. »  Il ajoutait : « Je suis plutôt un réaliste par expérience or vous vous engagez dans une démarche idéaliste mais cela dit, je trouve l’ambition du Projet Aladin magnifique et courageuse.»

Car c’est justement là l’originalité de cet ouvrage qui se veut être un outil pédagogique essentiel et inédit destiné à la formation des théologiens, imams, prêtres, pasteurs ou rabbins, qui soit accessible aussi au grand public,«afin de surmonter les obstacles créés par des siècles d’éloignement » entre les trois religions, comme ont souligné le Grand Rabbin René-Samuel Sirat, le Cardinal André Vingt-Trois et le Docteur Ali Gomaa, trois personnalités ayant participé à son élaboration.

Ann-Belinda Preis, chef de Section - Dialogue interculturel, Secteur des sciences sociales et humaines, UNESCO, a souligné d’ailleurs l’importance de cet ouvrage et de cette soirée lors de la première table-ronde, ayant pour thème « Sortir de la crise du vivre ensemble : quel rôle pour les religions ? »,  lorsqu’elle déclarait : « Ce qui a été dit ici et le livre porté par le Projet Aladin pourrait nous inspirer un événement comme celui de ce soir mais à l’échelle internationale. »

 

De gauche à droite:  Antoine Bellier, Philippe Gaudin, Mohammed Moussaoui, Ann-Belinda Preis, Arnaud Schaumasse, François Clavairoly

 

La première table-ronde

François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France, rappelait, pour sa part, que « la laïcité tient à la condition pluraliste de nos sociétés modernes, des sociétés sorties des guerres de religions par le bas, dans l’humilité, » ajoutant : « Que Dieu existe ou non, la question religieuse reste vive. Chaque religion est renvoyée à sa responsabilité citoyenne et doit commencer par chasser ses propres démons pour bâtir ensemble une société qui reste démocratique. » Lors de cette même table-ronde, modérée par Antoine Bellier, journaliste à RCF; Philippe Gaudin, directeur de l’institut Européen en Science des Religions, jugeait normal que nous soyons en crise car « nous vivons dans un monde plein - sciences, économie, droit et politique - et c’est cela notre difficulté » précisant, « je fais confiance à la Science, je me méfie des gens qui méprisent l’économie et je pense que tous les peuples aspirent à la démocratie et à la politique. » Des points essentiels étaient relevés par Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France et président d’honneur du Conseil du culte musulman en affirmant qu'il ne fallait pas instrumentaliser les religions. Il a salué également les actions du Projet Aladin en ce sens: « Présenter chez soi la religion de l’Autre avec respect et estime c’est le début du vivre ensemble. » 

Un éloge de la laïcité a été fait en ces termes par Arnaud Schaumasse, Chef du bureau des cultes au ministère de l’intérieur : « La laïcité est un régime qui doit permettre à chacun de vivre pleinement ses convictions… c’est un outil pour trouver des passerelles entre les croyances des uns et des autres. Nous pouvons construire des choses avec ce que chacun croit et pense et pas par-delà cela ». Il faut donc « libérer la laïcité de l’emprise d’une religion par rapport à une autre. » Et se pose la question de l’enseignement du fait religieux. « Il ne s’agit pas de convaincre qu’une religion est meilleure que l’autre mais montrer que l’Histoire est faite de croisements et que ce sont les passerelles entre les religions, » dit-il. Pour conclure qu’il faut avoir « l’ambition d’une vie bonne pour soi et pour les autres dans des institutions justes.» 

Concernant dialogue et religion, Philippe Gaudin, directeur de l’institut Européen en Science des Religions, dresse ce constat : « Tout pouvoir veut tous les pouvoirs. », citant Montaigne il ajoutait qu’il importe donc qu’il y ait des contre-pouvoirs. De plus, « les religions n’ont pas à attendre qu’on leur donne un rôle. C’est à elle de manifester leur vitalité. » Certes, dialoguer est nécessaire, « mais à condition qu’il y ait des dialogues partout. »  Autre aspect, évoqué par Ann-Belinda Preis, se référant à Freud, « le travail sur les esprits pour lutter contre l’instinct de haine ».

 « Pour avoir fait une enquête sur le religieux en prison, je pense que la religion c’est toujours deux choses à la fois : une pédagogie de l’ordre reçu et aussi une pédagogie de l’indignation. Elle permet d’accepter comme de refuser, » conclusion tirée par Philippe Gaudin, directeur de l’institut Européen en Science des Religions.

La deuxième table-ronde

 

De gauche à droite: Antoine Bellier, le Grand Rabbin Alexis Blum, Rabbin Yann Boissière, Mgr Claude Dagens, Pr.Waleed El Ansary, Elias Tubiana, interprète; le Grand Rabbin René Gutman

 

« Connaitre la religion de l’Autre » : une stratégie pour la formation religieuse au service du vivre ensemble. Pourquoi et comment ? », tel était le thème de la deuxième table-ronde modérée également par Antoine Bellier. Elle aété introduite par René Gutman, Grand rabbin émérite de Strasbourg, pour qui « Nous n’avons tous trois - juifs, chrétiens, musulmans - que part à la vérité. » Il estimait que « ce livre ne promet pas une solution magique aux jeunes théologiens. Il est là pour faire entendre que la beauté des religions se loge dans les questions…et ne sera sans doute pas suffisant pour assurer la paix entre les religions ». Mais il prônait la patience.

« Sans dialogue on va vers un rétrécissement de chacun dans son coin. Le devoir de la religion c’est de faire émerger la pluralité et de favoriser la fraternité, » soulignait le Pr. Waleed El-Ansary, Islamologue à Xavier University qui ajoutait : « pour prendre l’exemple du problème israélo-palestinien, ce n’est pas tant la religion que la politique qui crée des différences. Il peut avoir un dialogue théologique au-dessus des enjeux politiques.», Yann Boissière, rabbin du mouvement MJLF, estimant que « la mission commune des religions est d’apporter des réponses dans un monde fluide » mettait en garde car « la connaissance humaine est faite de curiosité. Le risque c’est d’être persuadé qu’on détient la vérité. » Donc, aujourd’hui, la pertinence des religions c’est leur fonction contributive à la société. Elles doivent apporter des réponses nouvelles dans nos sociétés qui en demandent.» Sans oublier la laïcité, car Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême exprimait ce souhait : « permettre, dans le cadre de la laïcité, à des jeunes de dire les raisons de leur foi religieuse ou de leur indifférence religieuse. »

La grande utilité de l’ouvrage était rappelée par Alexis Blum, Grand Rabbin émérite de Neuilly, car « connaître la religion de l’Autre, c’est d’abord avoir une vue globale des pratiques et des croyances de la religion de l’Autre. » Et pour Mgr Claude Dagens, « le destin de ce livre dépend de la manière dont il sera reçu » et il importe donc que « cette rencontre ne se résume pas à une rencontre élitiste. Il faut qu’elle se diffuse au-delà. » 

Ce qu’entend bien mettre en œuvre le Projet Aladin.

De gauche à droite : Antoine Bellier, le Grand Rabbin Alexis Blum, Rabbin Yann Boissière, Mgr Claude Dagens, Pr. Waleed El Ansary, Elias Tubiana, Renaud Girard

 

Voici le lien de l'émission sur RCF : 

https://rcf.fr/culture/sortir-de-la-crise-du-vivre-ensemble-quel-role-pour-les-religions

 

 

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Avec le soutien de : 

 

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