Ensemble contre l’intolérance


Des personnalités éminentes du monde politique et des médias venues des Émirats Arabes Unis et d'Arabie Saoudite ont rejoint mercredi le 25 février 2015 des personnalités politiques et religieuses à Paris lors de la conférence-débat organisée par l'UNESCO et le Projet Aladin afin de discuter de l'avenir du «vivre ensemble» face au défi posé par la montée de l'extrémisme violent au nom de l'Islam.

Plus de 500 personnes ont écouté dans une salle comble les intervenants émiratis, soudanais, tunisiens, marocains et yéménites fermement condamner les attaques terroristes de Bruxelles, Paris et Copenhague, dénoncer l'antisémitisme et appeler les acteurs de la société civile d’Europe et du monde arabe à former un front uni pour combattre le «cancer de notre temps », l’extrémisme violent perpétré au nom de l'Islam.

Après le discours de bienvenue prononcé par Abe Radkin, directeur exécutif du Projet Aladin ; Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, a remercié les personnalités présentes, particulièrement le président du Mémorial de la Shoah, Éric de Rothschild, le philanthrope Cheikh Mohammed Al-Jaber et le cinéaste Claude Lanzmann, et souligné l'importance et l'actualité du débat sur l'avenir du «vivre ensemble» après les attentats de Paris et Copenhague.

Ely Ould Mohamed Vall, ancien Président de la Mauritanie, a rappelé que le Projet Aladin fut lancé cinq ans auparavant dans la même salle avec Jacques Chirac, le prince Hassan de Jordanie, Gerhard Schroeder, Simone Veil et de nombreuses autres personnalités, pour lutter contre l'antisémitisme, le négationnisme et le racisme antimusulman, et pour construire des passerelles de connaissance entre les mondes juifs et musulmans.

Philippe Lalliot, l'ambassadeur de France auprès de l'UNESCO, a souligné que les terroristes n’avaient pas de religion, mais étaient des criminels et des malfaiteurs. Il a décrit l'extrémisme islamiste comme « un cancer qui doit être combattu par tous les moyens ».

Le premier panel a porté sur la question de l'extrémisme depuis la perspective du « Golfe ». Mansour Al-Nogaidan, directeur général du Centre d'études et de recherche Al-Mesbar (Dubaï), a salué le partenariat de son centre avec l'UNESCO et le Projet Aladin. Il a souligné le fait que même si les facteurs contribuant à la montée du terrorisme étaient nombreux, il ne fallait pas  perdre de vue que ce qui unit tous les groupes islamistes extrémistes à travers le monde est leur adhésion à une idéologie politique meurtrière. Les musulmans doivent contre attaquer avec les outils de la tolérance et de la culture de l'éducation de la paix, avec des réformes religieuses et un retour à la tradition séculaire prônant la foi comme une affaire «privée», demeurant loin de la politique.

Abdullah Hamidaddin, chroniqueur et commentateur saoudien, a affirmé qu'il n'y avait pas un «monde musulman» et pas un «Occident», mais plusieurs «mondes musulmans», et plusieurs « Occidents ». Il a ajouté qu’en ce sens, la logique du «nous contre eux» ou des «musulmans contre l'Occident » devrait être rejetée, car elle est l'un des principaux thèmes de recrutement des groupes djihadistes.

Mohamed Al-Hammadi, rédacteur en chef du quotidien influent Al-Ittihad des Emirats Arabes Unis, a souligné le fait que la grande majorité des victimes des terroristes islamistes sont musulmanes et a condamné les récentes attaques contre la liberté d'expression en Europe. Professeur Mohamed Haddad, Chaire UNESCO pour l'étude comparative des religions en Tunisie; Mona Omar, experte des relations interculturelles dans les Emirats, et Omar Al-Turabi, journaliste et chercheur Soudanais, ont mis en lumière les différents aspects du travail d'Al- Mesbar et proposé des stratégies de coopération interculturelle pour lutter contre la montée de l'extrémisme

Le deuxième panel a porté sur la question de l’extrémisme du point de vue de «l'Europe» et était composé de : Armand Abecassis, philosophe; Hakim El-Karaoui, conseiller de l'ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin; Bariza Khiari, sénatrice de Paris; Mohamed Moussaoui Président d'honneur du Conseil français du culte musulman, et Moshe Lewi, directeur exécutif de la conférence des rabbins européens.

Le journaliste et modérateur du débat Ulysse Gosset a demandé à André Azoulay, Conseiller du Roi du Maroc et l'un des fondateurs du Projet Aladin, de résumer les discussions. Monsieur Azoulay a salué les déclarations fortes et sans ambiguïté des dignitaires émiratis et saoudiens «qui nous donnent l’espoir qu'en travaillant ensemble, nous pouvons surmonter cet immense défi qui menace non seulement nos relations, mais aussi les sociétés mêmes dans lesquelles nous vivons ».