Une paix religieuse entre Juifs et Musulmans : entretien avec Mohammed S. Dajani Daoudi


Service de Presse de Common Ground

Talya Ezrahi

15/04/2011

 

Pourquoi était-il important pour vous de vous joindre à d'autres chefs religieux pour visiter Auschwitz ?

Mohammed Daoudi: Le but de cette visite était d'informer les musulmans et les chrétiens qui vivent dans un monde qui nie l'Holocauste ou dans un monde où l'information sur ce sujet se fait rare. Dans le monde musulman par exemple, l'Holocauste est lié à la création d'Israël – et à la Nakba palestinienne ou catastrophe. C'est pourquoi il existe peu de textes décrivant convenablement le génocide des Juifs durant la deuxième guerre mondiale.

Nous, musulmans et chrétiens, avons été invités pour nous rendre compte de l'horreur qu'ont vécue les Juifs simplement parce qu'ils étaient juifs. Il me semble qu'il serait très important d'organiser de telles visites pour des étudiants palestiniens dans le cadre de leurs études. Le conflit israélo-arabe a modelé la manière dont nous, Palestiniens, percevons et interprétons les événements de l'histoire. J'aimerais que mes étudiants parviennent à comprendre ce qui s'est passé pendant l'Holocauste à partir du contexte controversé du conflit israélo-arabe car il s'agit d'un chapitre tragique de l'histoire de l'humanité que nous ne pouvons continuer à ignorer.

Vous avez participé à de nombreux événements interreligieux au fil des ans. Selon vous, le dialogue interreligieux devrait-il jouer un rôle important dans les tentatives de résolution du conflit israélo-arabe?

Mohammed Daoudi: Oui, absolument. Une grand part du problème est due à l'ignorance – par rapport à notre propre religion et par rapport à celle de l'autre. Jusqu'ici, la religion a joué un grand rôle dans l'aggravation du conflit et je pense qu'il est temps qu'elle devienne un catalyseur dans le processus de résolution. Peu de musulmans connaissent le judaïsme ou le christianisme et ce que beaucoup d'entre eux savent sur l'islam est déformé. Ces rencontres aident à chasser les mythes et les perceptions erronées. Dans ce conflit, la paix religieuse est une condition préalable à une paix politique durable.

Cela nous amène à wasatia, un concept important dans l'islam mais aussi le nom du mouvement que vous avez créé en 2007. Pouvez-vous expliquer ce que signifie ce terme?

Mohammed Daoudi: Le terme wasatia signifie en arabe le centre, le milieu. Dans le Coran, il veut dire la justice, la modération, l'équilibre et la tempérance. Le mot wasat apparaît dans le verset 143 du deuxième chapitre qui en comprend 286, soit juste au milieu.

Le verset dit : ''C'est ainsi que nous fîmes de vous une communauté du juste milieu (modérée)'' ou une communauté (ummah) centriste''. Ce passage montre que la nécessité d'être modéré et tempéré est un message central dans l'islam. Wasatia traite tous les aspects de la vie: la manière de manger, de s'habiller, de dépenser l'argent.

C'est une valeur commune au judaïsme et au christianisme qui pourrait donc constituer une base fructueuse pour le dialogue interreligieux.

Comment wasatia peut-il servir à promouvoir une politique de paix?

Mohammed Daoudi: En étant considéré comme une solution pacifique à la violence. Le Coran préconise la modération pour accompagner le changement. Le jihad, par exemple, devrait être interprété comme le jihad de l'âme – une lutte pour laver l'âme intérieure du mal plutôt qu'une déclaration de guerre faite à l'autre. Ce n'est pas le jihad des bombes, des balles ou des suicides. En Palestine, le mouvement Wasatia envisage une lutte qui rassemble juifs et musulmans modérés pour mettre fin à l'occupation. Lorsque je proteste, je devrais inclure les Israéliens pacifiques dans mon camp qui pensent que c'est aussi leur cause morale.

Qu'espérez-vous accomplir pour le mouvement dans les prochaines années?

Mohammed Daoudi: J'espère que la diffusion de la culture de wasatia dans la société palestinienne contribuera à donner une meilleure image du peuple palestinien et aidera ainsi à convaincre le monde que nous méritons une place parmi les nations. Au niveau national, nous espérons créer une organisation regroupant tous les palestiniens modérés. Si nous parvenons à rassembler les différentes factions palestiniennes sous la bannière de la modération, nous serons dans une bien meilleure position pour mener un dialogue fécond avec les Israéliens, une voie qui a bien plus de chance de conduire à la paix.