Shirin Ebadi : "Le peuple iranien rêve toujours de changement"


Dans son pays, l'Iran, Shirin Ebadi a été la première femme juge, avant de devenir avocate. Elle s'est opposée au régime des mollahs et a défendu des dizaines d'opposants. En juin 2009, une partie de la population s'est révoltée contre le pouvoir mais la révolte a été matée. Depuis, Shirin Ebadi n'a pas pu rentrer chez elle. Aujourd'hui, elle habite à Londres et continue son combat.

La condition des femmes en Iran

Sur cette journée annuelle dédiée aux femmes, le prix Nobel de la paix est partagé : "C'est peu, mais cela permet de concentrer l'attention, au moins un jour, sur la question la plus fondamentale de l'humanité, celle d'une discrimination basée sur le genre."

En Iran, la condition des femmes s'est nettement dégradée après la révolution de 1979. De nombreuses lois discriminatoires à l'égard des femmes ont été établies. "Le mouvement féministe est extrêmement fort en Iran, et il s'insurge contre ces discriminations. Il a obtenu un certain nombre de victoires ces dernières années, mais l'objectif étant d'atteindre l'égalité parfaite entre les hommes et les femmes, le chemin est encore long."

Des avocats poursuivis

La situation sociale et politique s'est fortement dégradée en Iran après les manifestations de juin 2009. "Depuis, plus de 50 avocats ont fait l'objet de poursuites pénales en Iran, simplement pour l'exercice de leur métier. Je fais partie de ces personnes, explique Shirin Ebadi. "Les services de sécurité du gouvernement iranien ont fait des perquisitions dans mon cabinet, à mon domicile et dans toutes les ONG auxquelles je participais. Ils ont confisqué tous mes biens et les ont vendus. Comme je n'étais pas présente, ils ont arrêté à ma place mon mari et ma sœur, et m'ont fait savoir que si je cessais mes activités pour la défense des droits de l'homme et que si je cessais de m'exprimer à l'étranger, ils me laisseraient en paix."

Mais Shirin Ebadi tient plus que tout à la justice et a décidé de continuer son combat. Une décision à laquelle ne s'est pas opposé son mari qui vit toujours en Iran et ne peut pas en sortir car son passeport lui a été confisqué. Shirin Ebadi rentrera en Iran quand il sera possible d'y défendre les droits de l'homme et quand elle aura le sentiment qu'elle est plus utile sur le sol iranien qu'à l'étranger.

Le régime menacé ?

Une élection présidentielle est prévue en Iran au mois de juin. Certains estiment que le régime pourrait vaciller à cette occasion, mais Shirin Ebadi n'en est pas convaincue : "Il est évident que  le peuple iranien est mécontent de ce gouvernement et qu'il souhaite que la situation s'améliore. Mais il n'est pas possible de prévoir dans combien de temps cette amélioration aura lieu."

Pour aller plus loin :

Un portrait lui est consacré dans un livre qui vient de sortir aux éditions Plon : Ces femmes qui portent la robe, de Christiane Féral-Schuhl, qui est avocate et bâtonnière du Barreau de Paris.