Formation Angers


 

 

de gauche à droite: Mohammed Kenbib, Anny Dayan Rosenman et Françoise Janier Dubry

 

de gauche à droite: Alain Seksig et Françoise Janier Dubry 

 

Formations du Projet Aladin – Programme 2016-2017

« L’école face à une société plurielle : comprendre les enjeux et apporter des réponses éducatives »

Mercredi  1er février 2017 au lycée Jean Moulin – Angers

 

La journée de formation qui s’est déroulée à Angers le 1er février est la seconde du programme de l’année scolaire 2016-2017, après celle de Limoges en décembre 2016. Elle a réuni près de 55 personnes - une dizaine d’inscrits n’ont pu être présents en raison de l’épidémie de grippe-, à la fois personnels de direction et enseignants du secondaire dans le cadre du magnifique lycée Jean Moulin.

Elle est le résultat d’une organisation commune entre le Projet Aladin et l’académie de Nantes, notamment de madame Françoise Janier-Dubry, Inspectrice d’académie, inspectrice pédagogique régionale d’Histoire et de Géographie (Référent Mémoire et Citoyenneté, représentante du recteur au sein du Trinôme académique Défense-Education-IEHDN), et de madame Catherine Gay-Boisson, proviseure du lycée Jean Moulin.

La journée est ouverte par le recteur William Marois, qui met en exergue la nécessité d’une éducation aux valeurs de la République et de  déconstruire les représentations sur lesquelles s’assoient toutes les formes de discriminations et de racisme ; l’Ecole doit être le ferment du vouloir vivre ensemble, dans les termes qui sont ceux de la Constitution de la Vème République. La connaissance est le meilleur des remparts à toutes les formes d’embrigadement et de manipulation des individus, le citoyen éclairé est par conséquent un citoyen responsable et libre.

Jean-Pierre Lauby, IA-IPR d’Histoire et de Géographie honoraire expose l’historique du Projet Aladin et les objectifs poursuivis depuis 2009 par cette organisation internationale et laïque. Il s’attarde sur le fait que les formations sur le territoire français, telle celle du jour, sont devenues un enjeu civique et moral important pour le Projet Aladin depuis les attentats de Toulouse en 2012. Françoise Janier-Dubry présente l’organisation de cette journée et ses enjeux pédagogiques.

 

Cette formation s’est déroulée en deux temps principaux :

- la matinée était consacrée aux valeurs de la République et de son école, aux atteintes dont elles font l’objet depuis plusieurs années du fait de la poussée des manifestations  des signes d’appartenance à des groupes religieux, de le remise en cause du principe de Laïcité et de la difficulté qu’il y a de faire partager et vivre la manifestation et la présence des symboles de la République dans les enseignements. Tous éléments qui vont à l’encontre de ce qui fonde nos institutions et la cohésion de la Nation, c'est-à-dire les principes et valeurs énoncés par la Constitution de 1958, et les nombreux textes qui régissent les contenus d’enseignement et les règles de fonctionnement des établissements scolaires pour se limiter aux seules préoccupations éducatives. Les deux conférenciers, Alain Seksig, IA-IPR Etablissement et Vie scolaire dans l’académie de Paris,  et Benoît Falaize, professeur  à l’ESPE de l’Université de Cergy-Pontoise, actuellement ont ainsi mis en perspective  la mise en œuvre de la Laïcité et les modalités de l’enseignement des valeurs de la République, en insistant sur ce qui a fait, ou qui fait encore, obstacle à ce que principes et valeurs gouvernent pleinement la vie politique, sociale, économique et culturelle de la Nation. De nombreuses situations historiques, des exemples récents ont nourri le propos, montrant surtout que ces valeurs s’ancrent depuis le Siècle des Lumières dans quelques textes fondateurs qu’il faut relire sans cesse, parce qu’ils portent en eux l’esprit et les combats de leurs époques, mais surtout parce qu’ils ont des résonnances pleinement actuelles ; l’échange avec la salle a fait émerger un fort besoin d’éclaircissement face aux évolutions récentes, d’aide pour faire face aux difficultés d’enseignement, en faisant reposer ces approches concrètes quelques études de cas. Les deux conférenciers ont apporté ces éclairages, tout en soulevant quelques divergences de point de vue quant aux politiques conduites depuis les incidents de Creil concernant le port du voile en 1989.

- l’après midi avait pour objet de donner des repères sur l’histoire des relations entre juifs et musulmans par l’approche, là encore, d’études de cas ; le titre de l’après-midi portait les objectifs assignés aux intervenants : « Le savoir contre l’indifférence et le repli identitaire ». Anny Dayan-Rosenman présente en introduction la récente collection « Histoire partagée » initiative commune du Projet Aladin et des éditions Tallandier, collection représentative des objectifs poursuivis par le Projet Aladin quant à la bonne connaissance des relations entre mondes juifs et mondes arabo-musulmans dans la longue durée.

Ainsi, Mohammed Kenbib,  professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, auteur de l’ouvrage sur le Maroc dans la collection « Histoire partagée, retrace le passé de la forte présence des populations juives au Maroc, présentes dès l’Antiquité et renforcées à plusieurs reprises par des migrations venant  principalement d’Espagne. Avec l’Islam, les juifs reçoivent le statut de dhimmis. Cette histoire est marquée de longs moments de cohabitation, entrecoupés de violences et de progroms, que la phase coloniale va accroître, les juifs étant accusés de connivence avec l’Europe, a fortiori lors du Protectorat français. Les départs massifs des juifs débutent alors au XXème siècle, notamment après 1950 et à destination d’Israël, même si le règne d’Hassan II a permis une évolution favorable du statut des juifs au Maroc. Un des ses proches conseillers est André Azoulay (toujours présent par ailleurs avec Mohammed VI), qui a beaucoup contribué au dialogue interreligieux. La communauté juive est aujourd’hui essentiellement urbaine. La présence des juifs au Maroc a donné lieu au seul Musée-Centre culturel juif du monde arabe.

Anny Dayan-Rosenman, maître de conférences de Littérature à l’UFR Lettres, Arts, Cinéma à l’Université Paris7-Denis Diderot, plaide ensuite avec chaleur et sensibilité pour une connaissance des relations judéo-musulmanes par la littérature, en prenant pour exemple l’œuvre d’Albert Memmi, en particulier « La statue de sel » et « Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur », œuvre puissante pour comprendre l’exil intérieur, l’hybridité identitaire, qui plaide la reconnaissance absolue de l’acceptation de la différence, de l’altérité ; œuvre écrite majoritairement en France, mais qui se déroule tout autant pour l’essentiel dans des horizons maghrébins.

Les enseignants présents ont été fortement touchés par ces approches, et acquis à l’objectif pédagogique d’engager des travaux en co-disciplinarité, passant par la littérature, ou le cinéma, parce que ces arts comportent une dimension affective, psychologique permettant des regards singuliers sur l’histoire collective ; une manière d’entrer dans la vie des groupes sociaux qui interroge ensuite les faits et analyses historiques.

C’est aussi ce qu’ont montré les interventions faites par des professeurs, souvent en mode collectif, lors des échanges dédiés aux approches et réflexions pédagogiques, avec des entrées associant histoire, langues vivantes, arts plastiques, éducation musicale. Echanges dynamiques dont les stagiaires souhaitent qu’ils puissent bénéficier d’un temps plus long.