Eminents historiens parlent de l’histoire des relations entre Juifs et Turcs


Le professeur Jacob landau de l’Université Hébraïque de Jérusalem ; professeur Dehen Altiner, auteur du livre « Chère Université » ; Suzanne Schwarz, fille du professeur Philip Schwarz ainsi que la sumérologue renommée Muazzez İlmiye Çığ ont intervenu lors de la première table ronde sur l’histoire des universitaires allemands qui se sont refugiés en Turquie dans les années trente.

En avril 1933, quelques semaines après son arrivée au pouvoir, le gouvernement nazi promulgue la «Loi pour la restauration du fonctionnariat», au terme de laquelle les Juifs et les fonctionnaires «politiquement peu fiables» sont expulsés de l’administration publique. Dans les années qui suivent, des professeurs allemands de confession juive s’installent en Turquie pour enseigner dans les universités. En effet, entre 1933 et 1935, on assiste à un flux massif des universitaires allemands vers la Turquie, puis en 1938-1939 d’Autrichiens et près de 200 d’entre eux seront protégés, avec leurs familles et leurs assistants (soit plus de mille personnes) par les autorités turques, qui leur assigneront des traducteurs afin de leur permettre d’enseigner et de développer une culture de la recherche à un haut niveau. Les autorités refuseront systématiquement les demandes d’extradition des nazis. Après 1945, la plupart quitteront la Turquie, après avoir eu une influence  importante en particulier dans les domaines des Sciences naturelles, du droit, de l’économie, de la médecine, des lettres et des arts. Ils ont créé la première université sur le modèle occidental et de nombreux instituts à Istanbul et Ankara.

La deuxième table-ronde s’est focalisée sur l’histoire « juive » d’Istanbul et a permis de rappeler les liens du judaïsme avec l’Empire ottoman après l’expulsion d’Espagne. Pour le Professeur, Ilber Ortayli, Président du Palais de Topkapi, la clé de cette histoire résiderait, pour une Turquie ottomane anti-européenne et anti-chrétienne, dans le vieux dicton : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Le professeur Minna Rozen, de l’Université de Haïfa, a détaillé la présence juive à Istanbul au rythme des cimetières de la ville, reprise ensuite par Naim Güleryüz, Président du Musée juif d’Istanbul.

Pour le Grand Rabbin Sirat, cette histoire témoigne de la possibilité d’échanges interreligieux fructueux et porteurs de paix, loin des utopies. Malgré de grandes différences, toutes les communautés juives de l’Empire ont gardé une certaine unité sous l’autorité du Grand-Rabbin d’Istanbul, puis sous celle du Primat de Sion. Il a proposé la constitution d’un G20 interreligieux pour débattre des problèmes contemporains en y apportant l’éclairage de la fraternité et apportant l’espérance. De nouvelles chaires UNESCO pour la connaissance réciproque des religions du Livre pourraient également être créées à Istanbul, Rabat et Jérusalem.