Elie Wiesel: « Les gens n’ont plus honte d’être antisémites »


28/01/2014

En l’honneur de la Journée internationale de la Commémoration de la Shoah, le Prix Nobel de la Paix Elie Wiesel a été interviewé par Yoel Rappel (directeur des archives de Elie Wiesel à l’université de Boston) sur la lutte incessante contre l’antisémitisme et le fait qu’il ne sera probablement jamais vaincu.

Elie Wiesel , qui a inventé l’expression « Toutes les victimes n’étaient pas juives, mais tous les Juifs étaient victimes », examine avec minutie si la mémoire de la Shoah est restée gravée dans l’esprit des gens  et s’il y a un danger que les événements de 1939-1945 se répètent.

«La Shoah est un événement unique, il a une signification universelle qui doit être à jamais dans nos mémoires», dit-il, en exprimant ses préoccupations sur le nucléaire de l’Iran et la guerre civile en Syrie, qui a déjà causé la mort de 150.000 personnes.

« Malheureusement , l’antisémitisme existe toujours», affirme Wiesel . « Il est vivant depuis plus de 2000 ans, et continuera probablement à exister. J’ai pensé que la mémoire de la Shoah ferait honte à ceux qui avaient des idées antisémites. J’avais tort. L’antisémitisme existe encore dans les différents pays, et il semble que les gens n’ont plus honte d’être antisémites ».

Elie Wiesel estime que la mémoire de la Shoah est la seule chance de sauver le monde d’une autre catastrophe. Il définit l’antisémitisme moderne, d’abord et avant tout, comme l’anti- Israël (ou antisionisme). «Il est très difficile de différencier les deux», explique-t-il.

« Il y a des antisémites qui sont seulement anti- Israël. Une fois, j’ai pensé que l’antisémitisme était mort ; aujourd’hui, il est clair qu’il ne le sera jamais. Il pourrait s’affaiblir parfois, mais il continuera d’exister parce que, dans différents pays, il n’y a pas de honte à être un antisémite. Nous devons nous rappeler que l’antisémitisme a conduit à Auschwitz. Sans l’antisémitisme, il n’y aurait pas eu d’Auschwitz ».

Connu comme l’un des plus grands défenseurs de l’Etat d’Israël , Elie Wiesel fait valoir que le problème fondamental est l’attitude envers Israël et non l’antisémitisme.  » Il est clair pour moi que l’on ne peut être juif sans Israël. Que l’on soit religieux ou pas, sioniste ou pas, ashkénaze ou séfarade ».

« Est-ce que le débat public sur la circoncision et l’interdiction de l’abattage rituel découlent également de l’antisémitisme ? »,l ui demande uYoel Rappel. Elie Wiesel répond: « Pour moi , cela tient d’abord de l’ignorance et du mépris de la foi juive. Ceux qui soulèvent de telles idées induiront d’autres à demander d’annuler le Shabbat pour que les Juifs se reposent le dimanche. C’est plus de l’ignorance  qui menace les fondements du judaïsme » .

Pour le professeur Elie Wiesel, inculquer la mémoire de la Shoah est une bataille quotidienne et éternelle.