Disparition de Shlomo Venezia


C'est avec une grande tristesse que j'apprends que Schlomo Venezia nous a quittés.

Impossible d'oublier ses paroles, devant la JudenRampe, cet hiver de 2007 où il nous avait accompagnés avec les amis de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah : cette même Juden Rampe où il était arrivé de Grèce, en 1944,  à dix-neuf ans, et où terrifié par les cris des SS,  il s'était retourné pour aider sa maman à descendre du train avec ses sœurs….. mais  sa maman et ses sœurs avaient déjà disparu.

Impossible d'oublier le récit de ce grand témoin, sur les ruines du crématoire de Birkenau , là-même où, contraint par les nazis d'y brûler les Juifs  gazés quelques instants plus tôt, il avait découvert sous les traits d'un homme squelettique son propre cousin; il dût lui cacher la vérité, l'accompagner jusqu'à la porte de la chambre à gaz mais ses copains lui épargnèrent de porter son cadavre jusqu’au four crématoire et ils dirent le kaddish, la prière des morts.

Il lui avait fallu du temps pour raconter l'horreur et sans l'insistance de Béatrice, Richard Prasquier et  Jean Mouttapa, il serait sans doute resté silencieux. N'avait-il pas, en effet, commencé à vouloir parler, en Italie, à son retour du camp ? Mais il avait surpris quelqu'un derrière son dos faisant des grimaces  qui signifiaient qu'il était cinglé et  racontait n'importe quoi. Alors, pendant des années  il s'était tu! 

Son témoignage écrit, Sonderkommando, dans l’enfer des chambres à gaz,  est bouleversant, cru et terrible.
Et c'est par ce que ce témoignage est  bouleversant, cru et terrible que lorsque nous avons créé le Projet Aladin destiné d'abord à combattre le négationnisme venant d'Iran et de certains pays arabes, nous avons choisi de le traduire en persan et en arabe et de le diffuser sur notre bibliothèque numérique, à côté  du Journal d'Anne Frank, de si c'est un homme de Primo Levi et d'Hitler et les Juifs de Philippe Burrin. 

Sa réaction fut simple et à son image." Merci pour tout ce que vous pourrez faire pour dire la vérité et combattre la haine".
Plus de dix mille lecteurs  ont lu son livre en langue arabe et persan et je n’ai aucun doute qu’ils  ont compris ce que fut la Shoah, le curseur le plus élevé de l'inhumanité sur l'échelle de la barbarie. C’est avec ces lecteurs que nous devons ensemble, en hommage à Shlomo Venezia, combattre la haine.

 

 

Anne Marie REVCOLEVSCHI

2 Octobre 2012