Discours de Madame Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO


 

  Discours de la Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova

à l’occasion de la Journée de réflexion et de mobilisation « Quelles options pour sauver l’avenir de nos jeunesses face au radicalisme et à ses dérives mortifères ? »

 

 Paris, le 28 janvier 2016

 Mesdames et Messieurs les Ministres,

 Monsieur Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme,

 Sheikh Mohamed Bin Issa Al Jaber, Président de la Fondation MBI Al Jaber, Envoyé spécial de l’UNESCO pour l’éducation et la tolérance.

 Monsieur Abe Radkin, Cher ami, Directeur exécutif du Projet Aladin,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Merci d’être si nombreux pour cette journée de réflexion et de mobilisation, et permettez-moi de saluer la France et le Ministère de l’Education Nationale, ainsi que la Commission Européenne, pour leur engagement.

J’étais hier soir au Mémorial de la Shoah, avec le Premier Ministre M. Manuel Valls et je voudrais féliciter encore une fois la France pour la signature d’une Convention très importante sur la lutte contre l’antisémitisme.

 Lorsque l’UNESCO fut créée, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ses fondateurs posèrent un diagnostic sur la construction de la paix, qui mérite d’être rappelé aujourd’hui.

Contre la violence et la propagande nazie, il fallait une réponse qui ne soit pas seulement militaire, mais qui s’attaque aux racines de la haine, et renforce les défenses de la paix dans les esprits, par l’éducation, la science, la culture, les médias.

Cette Conviction reste ancrée dans les principes et dans le travail de l’UNESCO.

Et nous la réaffirmons aujourd’hui, car l’extrémisme violent pose aujourd’hui le même type de défi.

L’extrémisme tue – il tue des hommes et des femmes, il a tué en France, au Bataclan, et à la veille des 70 ans de l’UNESCO nous avons ressenti dans notre cœur toute la douleur de la France – c’était aussi notre douleur.

Mais l’extrémisme ne tue pas seulement.

Il empêche aussi les jeunes filles d’aller à l’école, il vise les Universités, il exécute des journalistes, il détruit le patrimoine, il persécute les individus pour des raisons religieuses et culturelles, et veut éliminer les symboles de la diversité et de la liberté de pensée.

Tous ces crimes font partie d’une même stratégie de nettoyage culturel, visant à impressionner et embrigader les esprits.

Ils s’appuient sur une propagande mondiale à laquelle il faut répondre.

Pour prospérer, l’extrémisme violent se nourrit de la radicalisation des jeunes, du racisme et de l’antisémitisme. Il exploite l’ignorance, et le manque de perspective de la jeunesse.

Nous devons répondre sur ces deux tableaux –

Aider les jeunes à reconnaître et à déjouer les mensonges de l’extrémisme, pour prévenir la radicalisation, d’une part…

…et, en même temps, fabriquer du lien social, un sentiment d’appartenance, ré-ouvrir les horizons bouchés.

Cela passe aussi par un effort massif pour la formation et l’information, pour la culture, l’éducation, l’intelligence.

Daesh maîtrise l’arme de la communication – il inonde les réseaux sociaux : 92 messages par minute en moyenne.

Plus de 50 000 comptes Twitter les diffusent, et près d’un millier de vidéos de propagande, dans toutes les langues, depuis l’année dernière.

Jusqu’ici la réponse n’a pas été assez forte, mais il n’est pas trop tard.

Les Nations Unies ont adopté le nouveau plan d’action global contre l’extrémisme et la radicalisation, qui met l’accent sur le rôle central de l’éducation, et c’est dans ce cadre commun que s’inscrit l’action de l’UNESCO.

Les Etats membres de l’UNESCO ont adopté plusieurs résolutions importantes, sur le rôle de l'éducation comme outil pour prévenir l'extrémisme, sur la protection du patrimoine culturel et du pluralisme.

Ce rôle de l’éducation était au cœur du « Sommet des dirigeants contre Daesh et contre l’extrémisme violent », aux Nations Unies, sous la présidence de Barack Obama, et auquel j’ai participé.

L’UNESCO va publier un Guide des enseignants contre l'extrémisme violent, et je voudrais saluer l’action de la France, à nos côtés et avec le Plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, mené par le Premier ministre.

Je pense également au plan d’action proposé par la France et la Jordanie pour la protection des victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient.

Nous devons encore intensifier les efforts et le soutien international autour de programmes phares comme :

… l'éducation à la citoyenneté mondiale...

… la protection du patrimoine mondial, avec la campagne unis pour le patrimoine…

 ... l’enseignement de l'Holocauste et la prévention des génocides...