Discours de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, à l’occasion de la journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah


 

UNESCO, 27 janvier 2015
J’étais ce matin, comme chaque année, au Mémorial de la Shoah, pour une cérémonie d’hommage aux victimes de la Shoah, en présence du Président français François Hollande, et de l’ensemble du gouvernement français, pour un moment très fort d’humanité, de vigilance, et je ressens ce soir la même unité, le même engagement à nous souvenir du passé pour ouvrir les yeux sur les menaces du présent.
Hier, à New York, je participais justement à la réunion des Nations Unies organisée par la Suède et l’Indonésie, pour définir ensemble, les moyens de lutter concrètement, contre la montée du racisme, de l’antisémitisme et de l’extrémisme aujourd’hui.
La mémoire des morts doit éclairer le chemin des vivants.
Cette journée en mémoire des victimes de la Shoah revêt une signification particulière pour l’UNESCO, car elle nous renvoie à nos propres origines, il y a 70 ans, au lendemain de la libération d’Auschwitz Birkenau par l’Armée Rouge :
Puisque la barbarie a pu naître dans l’esprit d’une nation parmi les plus civilisées du monde, c’est aussi avec les armes de l’esprit, par l’éducation et la culture, qu’il faut lutter contre la barbarie.
Au nom d’une idéologie raciste, dont la haine des Juifs fut l’élément central, des millions de personnes de toutes conditions furent assassinées… près de 6 millions de Juifs, et des Tziganes, des handicapés, des prisonniers de guerre, des homosexuels…
Le devoir fondamental de l’UNESCO est de répondre à la folie criminelle par la transmission des savoirs, par l’éducation, par la culture, le dialogue raisonné.
Ce combat est toujours actuel, car les camps d’extermination ont disparu, mais l’antisémitisme continue de tuer.
Il a tué en France, au début du mois, et au nom de l’UNESCO, je souhaite vous renouveler, M. Le Ministre, le témoignage de notre total soutien.
Le fanatisme n’est pas mort, au contraire, il tue en Iraq, en Syrie, au Nigéria où des Musulmans, des Chrétiens et d’autres minorités sont pourchassés et torturés, et leur culture saccagée.
L’histoire aurait dû vacciner les peuples à jamais contre ces crimes, et pourtant, 70 ans après, l’antisémitisme revient, et les discours négationnistes, et la relativisation de la Shoah.
Le rôle de l’UNESCO était de rendre ces discours inopérants, de construire les défenses intellectuelles et morales pour y résister.
Alors qu’est-ce qui n’a pas été assez fait ? ou assez dit ?
Que peut-on faire concrètement ?
Sur le front de l’éducation, l’UNESCO conçoit des manuels scolaires, et des formations pour accompagner les professeurs, et les aider à aborder ces sujets dans les classes – il en faut plus.
Il faut faire vivre aussi la mémoire et les cultures juives, que les nazis voulaient justement effacer, et c’est le sens du travail de l’UNESCO, à travers des expositions, des tables rondes, la diffusion, ici en avant-première, du documentaire de William Karel et Blanche Finger, « jusqu’au dernier », et le concert donné hier soir par l’Orchestre symphonique de Jérusalem.
Les sites du patrimoine mondial aussi, comme le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, sont des lieux essentiels de transmission, d’explication, de partage.
Comment aider les jeunes à utiliser les nouveaux médias, à éviter qu’ils ne soient des déversoirs de haine, mais des outils de dialogue, de compréhension mutuelle ? Et proposer des contenus de qualité, pour répondre aux mensonges et aux falsifications ?

Ladies and Gentlemen,
We must never tire, we must be relentless in our action.
It may be tempting for some to consider old black and white images as something belonging to the past –-the contrary is true, these images belong to the present.
That is why, behind the pictures of the death camps, we must relentlessly examine the processes that led to Auschwitz.
We must return to the causes of this crime, we must seek to understand what happened.
We must teach how the Holocaust was possible –- to prevent new genocide, to give young people tools to recognise new forms of hatred and anti-Semitism today and to stand up against them.
More than ever, we must stand together against all forces of discrimination and hatred-- we must mobilize teachers and social actors in the struggle against anti-Semitism, against racism, against intolerance, against Islamophobia today.
This starts on the benches of schools.
It starts by learning to live together in respect for human rights.
This is UNESCO’s goal in promoting Education for Global Citizenship.
This is why UNESCO, with the Organisation for Security and Cooperation in Europe and the Council of Europe, has published clear guidelines to combat Islamophobia in schools.
This objective guides also UNESCO’s leadership in advancing Holocaust Education.
In 2009, UNESCO brought together all experts and historians to share best practices on how to combat intolerance though Holocaust education.
In 2012, we organized a similar consultation in 14 countries in Africa, on the teaching of genocide, drawing on the example of the Holocaust.
In 2013, we published guidelines for educators, for policy-makers, for the general public, on “Why teach about the holocaust?”, now available in 8 languages.
In 2014, we published a comprehensive report on Holocaust in a Global Context, to support teachers in handling this complex history.
In 2015, in cooperation with the Georg Eckert Institute, we have just released a global mapping of textbooks and curricula, with concrete guidelines and recommendations.
This work is unique within the United Nations system, and it is a direct contribution to the fight against anti-Semitism today.
I wish to thank all our Member States, from Africa to Latin America, for their support.
I commend our many partners, the Memorial of the Shoah, B'nai Brith, Yahad in Unum, the United States Holocaust Memorial Museum, and many more, for their outstanding work, as well as the European Commission, with whom we will launch this year a new study of textbooks and perceptions of students in EU.
I wish to thank the Aladin Project – together, we are launching a series of four international conferences in Asia and Africa, in Bakou, Astana, Rabat and Dakar, to foster intercultural dialogue and prevent genocide through Holocaust education.
I wish to thank the Permanent Delegations of Austria, Turkey, Canada, France, as well as the SNCF and France Culture, for their contributions.
I wish to acknowledge the commitment of the Permanent Delegations of the United States and Israel, who stand with UNESCO -- we must, indeed, stand united in this task, which has never been so more urgent and necessary.
Lastly, let me pay special tribute to our dear friend and UNESCO Honorary Ambassador and Special Envoy for Holocaust Education, Samuel Pisar, survivor of Auschwitz –- who could not join us tonight -– we wish him a very speedy recovery and, in this moment, we remember his powerful words:
We must keep that memory alive, not only to lament the dead, but to warn the living.