Deux concerts dédiés à la paix, à la mémoire et au rapprochement interculturel


Deux concerts dédiés à la paix, à la mémoire et au rapprochement interculturel

Pour marquer le centenaire de la naissance du compositeur Leonard Bernstein, le Projet Aladin, en partenariat avec la Fondation des Trois Cultures de la Méditerranée, a parrainé deux concerts de l'Orchestre Symphonique royal de Séville les 13 et 14 septembre 2018.

Sous la baguette du célèbre chef d'orchestre John Axelrod, l'orchestre a interprété le « Séfarade » de Samuel Zyman et la Symphonie no 3 « Kaddish» de Leonard Bernstein sur un livret que le compositeur avait demandé à Samuel Pisar, l’un des plus jeunes survivants de l’Holocauste, avec la soprano Kelley Nassief  et le chef de chœur du théâtre de la Maestranza, Íñigo Sampil. 

Le texte œcuménique intitulé "un dialogue avec Dieu" a été narré avec ferveur par son épouse, Judith Pisar, envoyée spéciale pour la diplomatie culturelle, et sa fille, Leah Pisar, présidente du Projet Aladin.

Le kaddish (« sanctification ») est une prière essentielle de la liturgie juive récitée en araméen en diverses occasions, notamment lors de funérailles ou de cérémonies commémoratives. Elle ne contient pourtant aucune allusion à la mort : il s’agit plutôt d’un chant de louange à Dieu, le « Grand Nom ». Ainsi, la tradition juive exige de l’«endeuillé» qu’il célèbre la gloire de Dieu et qu’il prie pour les vivants et pour la paix, au moment même où ses pensées vont aux défunts et où son cœur est enclin à la tristesse voire à la révolte.

Ce paradoxe est à la source de l’œuvre que cette prière multiséculaire a inspirée à Leonard Bernstein. Le compositeur américain d’origine juive y a associé un dialogue – ou plutôt un monologue – avec Dieu. Dit par un récitant, ce texte est jalonné par trois mises en musique du kaddish, chanté par le chœur, le soprano solo et le chœur d’enfants (Kaddish 1, 2 et 3). Troisième symphonie de Bernstein après Jeremiah (pour mezzo-soprano et orchestre) et The Age of Anxiety (pour piano et orchestre), Kaddish est l’une des œuvres les plus personnelles, originales et ambitieuses de Bernstein. 

Kaddish, une représentation dramatique de la remise en question de l’Humanité face à la foi, avait été créé en 1963 avec la Philharmonie d’Israël. Perpétuellement insatisfait du texte qu’il avait écrit, Bernstein se tourna ensuite vers d’autres auteurs. L’idée que Samuel Pisar pourrait donner un écho saisissant à sa musique lui vint en lisant son livre "Le Sang de l’Espoir".

Samuel Pisar a finalement accepté d’écrire le livret de cette symphonie après les attentats du 11 septembre 2001, de peur que le monde ne retombe dans une ère de terreur meurtrière. Son témoignage donne à l’œuvre un autre éclairage. Mémoriel et œcuménique, il plaide en faveur de la paix et de la réconciliation, tout en constituant une mise en garde pour notre temps et les temps à venir.

La seconde œuvre du programme, « Séfarade » de Zyman est un concerto pour guitare et orchestre inspiré d'une suite pour guitare du même nom de Sergio Bross, elle-même influencée par la musique traditionnelle des juifs séfarades, qui vécurent pendant des siècles en Espagne jusqu'à leur expulsion en 1492.