Comprendre la fabrique du racisme


LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 03.04.2017  Par Nathaniel Herzberg

La première exposition temporaire du nouveau Musée de l’Homme soumet le phénomène au décryptage scientifique.

EXPOSITION. Le Musée de l’Homme affiche la couleur. Pour la première exposition temporaire organisée depuis sa réouverture, fin 2015, l’établissement du Trocadéro a décidé d’affirmer clairement sa vocation, celle d’un « musée de société »L’expression-valise a longtemps caché un grand vide de la planète muséale française. Mais nul doute que cette fois, on y est. Baptisé « Nous et les autres » et sous-titré« Des préjugés au ­racisme », l’événement prend à bras-le-corps un phénomène on ne peut plus contemporain : celui de la formation de ce mécanisme qui conduit à haïr et exclure un être humain supposé biologiquement différent.

Vocation scientifique oblige, les organisateurs ont plongé les mains dans les travaux les plus récents. « Depuis vingt ans, la psychologie sociale, la génétique, les sciences sociales, l’histoire ont beaucoup investi les questions ­relatives à l’altérité et au racisme, souligne Evelyne Heyer, professeure d’anthropologie génétique au Muséum national d’histoire ­naturelle et cocommissaire de l’exposition. Nous avons voulu les faire connaître et en présenter une synthèse originale. »

Plongée dans l’Histoire

Originale et pédagogique. Pour mettre en scène les trois grandes étapes de la formation du racisme, Evelyne Heyer et sa cocommissaire, l’historienne Carole Reynaud-Paligot, ont choisi une approche résolument ­ludique. Dès l’accueil, le visiteur, plongé dans un hall d’aéroport, voit défiler sur des écrans une flopée de personnages. Faut-il les qualifier en fonction de leur sexe, de leur ­religion, de leur origine géographique, de leur statut social, ou plutôt de ce que l’on pense en savoir ? « La catégorisation est presque naturelle mais souvent trompeuse », ­insiste Evelyne Heyer. Comme le sont la hiérarchisation et l’essentialisation. Là encore, des bornes interactives ou des dispositifs ­sonores testent nos préjugés et nos pratiques, ou nous en font subir l’arbitraire.