Christophe Bigot : "l'antisémitisme est une pathologie"


Guysen

21/02/2012

Guysen : 389 actes antisémitismes en 2011, 466 en 2010 soit une baisse d’environ 16%. Cependant, le nombre « d’actions violentes » a légèrement augmenté. Est-ce que la mauvaise nouvelle noie la bonne ?

Christophe Bigot : Il fait d’abord regarder les chiffres.
389 actes antisémitismes 2011, c’est 389 de trop, l‘objectif doit être 0. Ensuite évidemment si on regarde sur plusieurs années on voit une baisse de 16% par rapport à l’année 2010 qui était déjà en baisse de de 50% par rapport à l’année 2009. Il y a un graphique qui est publié par la SPCJ, un service crée au lendemain de l’attentat de la rue Copernic à Paris et qui est issu d’une volonté commune du CRIF, du FSJU et des consistoires.
Un graphique assez illustratif qui montre l’évolution des actes antisémites en 10 ans : le chiffre de 2011 est le plus bas depuis 10 années. Non pas que je m’en réjouisse car 389 c’est toujours de trop.
Mais je crois que c’est évolution positive et qui doit beaucoup au travail effectué par la communauté juive et les autorités françaises.
Il faut rappeler tout ce qui est fait par la France avec la police, avec la justice, le travail dans le domaine de l’éducation pour transmettre les valeurs, pour rappeler ce qu’à été la Shoah.
Beaucoup d’actions menées qui je crois portent leur fruit.
Tout ca pour protéger la communauté juive et défendre les valeurs de la France.
Le président de la République et dans l’opposition aussi on l’a dit, une agression contre un juif c’est une agression contre 65 millions de français.

Guysen : Le devoir de mémoire entre dans le cadre de l’éducation et de lutte contre l’antisémitisme ? 

C.B : Bien sur.
On voit bien que les jeunes générations ne connaissent pas forcément la Shoah, donc tout ce qui est fait en France ou ailleurs, aux œuvres de Primo Levi, au journal d’Anne Frank, des livres qui sont traduit en turc ou en Arabe, on organise aussi des visites à Auschwitz, ce genre de choses sont importantes. Quand on diffuse Shoah, le film de Claude Lanzmann à Istanbul ou via une TV californienne en Iran c’est essentiel et il faut continuer et poursuivre cet effort la. 

Guysen : Est-ce une lutte contre l’antisémitisme ou une lutte contre la violence et la délinquance ?

C.B : Ah non, je crois qu’il y a une spécificité dans l’horreur de l’antisémitisme, il y a des instruments qui ont été dédiés à cette fin, par exemple ce travail, les chiffres sont ceux du SPCJ mais commun au ministère de l’intérieur.
Il y a un effort pour ne pas banaliser ces actions et ne pas les confondre dans une vision globale de la délinquance ou de la criminalité car l’antisémitisme a sa spécificité, son horreur.
Il suffit de connaître l’histoire de l’Europe pour voir ou a mené cet antisémitisme viscéral.
Quand je vois les chiffres qui baissent je suis heureux pour la France mais c‘est toujours des actes antisémitisme de trop.
Penser qu’après la Shoah il y est encore des personnes qui profèrent des menaces antisémites, envoient des courriers, écrivent des inscriptions, ou agissent de manière violente contre des juifs en France c’est évidemment choquant.

Guysen : Israël doit-il soigner sa stratégie de communication pour prévenir l’augmentation des actes antisémites ?

C.B : Je n’établis pas de lien entre Israël et l’antisémitisme.
L’antisémitisme existait avant la création de l’Etat d’Israël, il n’y a pas de corrélation entre ce qui se passe ici et les actes en Europe ou ailleurs.
Il  a des périodes ou les processus de paix est très significatif et il y a quand même 500 actes antisémites, il y a des périodes ou il n’y à pas de processus de paix et il y a moins d’actes.
L’antisémitisme c’est une folie qui conduit à des actes très graves.
Il faut arrêter de donner des prétextes, il faut le combattre de manière radicale.

Guysen : Est-ce possible d’éradiquer l’antisémitisme ?

C.B : C’est notre objectif, ça me semble indispensable d’éradiquer ce type de pathologie.
C’est la moindre des choses.
Comment peut-il y avoir encore des antisémites en 2012 après la Shoah, comment peut-on oser être antisémite ?