Benjamin Stora: "L'immigration ne doit pas être une histoire à part"


27/01/2015

Historien et président du musée de l'histoire de l'immigration, benjamin Stora est longuement revenu sur l'enseignement de l'histoire à l'école et a proposé des pistes pour aider à "recréer du lien républicain". 

Comment faire pour que l'histoire ne se répète pas?

En ce jour du 70e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, l'historien Benjamin Stora a défendu le devoir de mémoire. "C'est un événement terrible et abominable. Et unique dans l'humanité, l'extermination d'une population en raison de son appartenance religieuse", a-t-il rappelé, refusant de laisser la Shoah être "banalisée".

Pourtant, l'enseignement de la Shoah à l'école est parfois difficile et mal compris par certains jeunes. La faute à un manque de pédagogie, selon Benjamin Stora. "Il faut faire en sorte que cet événement à caractère universel puisse être partagé par tous y compris par des jeunes, a-t-il souligné, proposant de repenser l'enseignement de l'histoire à l'école.

Repenser l'enseignement de l'histoire

"Le problème est de faire coïncider l'ensemble des génocides avec ce génocide européen, qui fait partie de l'histoire européenne", souhaite Benjamin Stora. Concrètement, l'historien plaide pour une meilleure intégration des histoires "autres" que la seule histoire européen, pour nourrir la réflexion sur l'humanité et le problème posée par les génocides. "C'est toute la difficulté: enrichir le récit de cette histoire européenne sans oublier les histoires d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient."

Pour cela, "il faut partir des histoires particulières", prône Benjamin Stora. "Il ne faut pas enlever et éradiquer une histoire par une autre. Il faut réarmer les enseignants, élargir leur champs. Il faut enseigner nos histoires, il faut connaître l'histoire de l'Afrique du Nord, de l'esclavage... L'immigration ne doit pas être une histoire à part", poursuit-il.

 

Se réapproprier les prisons par le savoir

Mais l'histoire et, plus largement, l'enseignement, ne doit pas se cantonner aux murs des écoles et des universités. "Des publics non scolarisés, les parents par exemple, viennent aux conférences qui parlent de l'histoire de l'immigration ou de leur pays d'origine", affirme l'historien qui défend une nouvelle approche de l'histoire, non pas comme un socle commun des connaissances mais du savoir vivre ensemble. "Il faut faire en sorte que l'histoire de France soit enseignée dans de nouveaux lieux de savoir", plaide encore Benjamin Stora.

Parmi ces "nouveaux lieux de savoir", la prison. Lui qui a enseigné quatre ans durant à la prison de Poissy estime que la radicalisation des détenus en prison ne saurait être résolue par la seule augmentation du nombre d'aumôniers musulmans. "Pourquoi ne pas envoyer des enseignants du supérieur qui pourront aller enseigner aux prisonniers? Nous ne devons pas laisser les prisons au monde religieux, la société française ne relève pas uniquement du religieux. Il faut se réapproprier ces lieux par les universitaires", a-t-il pointé. Objectif: accompagner davantage les détenus, ceux que, "de mon temps, on appelait les 'étudiants empêchés'". 

"Condamnés à avancer ensemble"

Enfin, Benjamin Stora a tenu à rappeler "certains principes que l'on connaît tous, mais que l'on semble avoir oublié tant la haine est partout". "On ne peut pas enseigner l'histoire sur la haine des autres. Les juifs de France sont très inquiets, les musulmans de France aussi", a-t-il convenu alors que le nombreux d'actes anti-musulmans et antisémites a explosé ces dernières semaines. "Il y a une nécessité de recréer du lien républicain. La France est notre pays. Nous sommes condamnés à avancer ensemble."