Beate et Serge Klarsfeld, un couple « hors du commun », décoré par l’Allemagne à Paris


21/07/2015

Beate et Serge Klarsfeld ont été décorés lundi 20 juillet 2015 de l'ordre du Mérite par l'ambassadrice allemande en France qui a salué leur action "hors du commun", "symbolique de la politique de réconciliation de l'Allemagne".

le couple franco-allemand a été décoré de cette distinction suprême au Palais Beauharnais, résidence de l'ambassadrice à Paris, pour leur traque des criminels nazis et leur lutte contre l'antisémitisme, après la signature d'un décret par le président allemand Joachim Gauck.

Susanne Wasum Rainer a ainsi vu en Beate, 76 ans, "la militante passionnée qui monte au créneau". Fille d'un ancien soldat de la Wehrmacht, elle s'est rendue célèbre en giflant publiquement en 1968 le chancelier Kurt Georg Kiesinger pour dénoncer son passé nazi. A ses côtés ce lundi, son mari Serge, 79 ans, est "l'archiviste scrupuleux, auteur des efficaces dossiers d'accusation". Français né en Roumanie, il a échappé à la Gestapo en 1943 mais a vu son père raflé sous ses yeux avant d'être déporté à Auschwitz-Birkenau. Devant une cinquantaine de personnes parmi lesquelles le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman, Susanne Wasum Rainer a salué leur combat: "Toute votre vie a été guidée par la volonté politique et morale d'empêcher les crimes nazis de tomber dans l'oubli et de lutter contre l'antisémitisme dans le monde entier".

Beate Klarsfeld s'est, elle, amusée de cet honneur, racontant qu'après sa condamnation à un an de prison ferme pour sa gifle, son mari l'avait "rassurée: 'les Allemands te rendront hommage mais quand tu seras vieille!'". Elle confie que cet hommage "quand même symbolique vient tard". La militante a conclu son discours en souhaitant que "l'Allemagne, créative, raisonnable, généreuse et profondément démocratique rende à la longue difficile à admettre que l'Allemagne qui l'avait précédée avait été l'Allemagne d'Hitler". Serge Klarsfeld, lui, a déclaré à être "très heureux d'avoir eu raison longtemps avant que les Allemands ne le reconnaissent (...), heureux de nous voir récompensés sans avoir transigé sur ce qui est essentiel à nos yeux, la volonté de justice'".

Les Klarsfeld ont traîné Klaus Barbie, l'ancien chef de la Gestapo dans la région de Lyon, devant les tribunaux et ont eu un rôle central dans les procès de fonctionnaires français ayant collaboré avec le régime nazi, comme René Bousquet, Paul Touvier, Jean Leguay et Maurice Papon. 

Discours de Madame Susanne Wasum Rainer, l'ambassadrice de l'Allemagne à Paris  

Discours de Beate Klarsfeld

Discours de Serge Klarsfeld