Le Projet Aladin développe des antennes en Europe


COMMUNIQUE DE PRESSE

8 Décembre 2011

 

Au Parlement francophone bruxellois,

Le projet Aladin lance les amis belges du projet Aladin

 

A l’occasion du lancement des Amis belges du Projet Aladin, une conférence-débat intitulée « Un pont entre les cultures : l’expérience du Projet Aladin » a eu lieu jeudi 8 décembre au Parlement francophone bruxellois. De nombreux représentants des communautés juive et musulmane, des imams et des rabbins, des jeunes de tous bords, mais aussi des parlementaires et des universitaires sont venus assister à la présentation du projet et participer à un débat sur les missions d’Aladin et les relations interculturelles en Belgique.

Lancé en 2009 sous le parrainage de l’UNESCO, le Projet Aladin œuvre par le biais de l’éducation au rapprochement interculturel, en luttant notamment contre le négationnisme dans le monde arabe et en faisant connaître l’histoire millénaire commune des Juifs et des Musulmans.

Devant une salle comble, Julie de Groote, présidente du Parlement francophone bruxellois, a invité « la société civile à envahir l’hémicycle pour parler de la citoyenneté en temps de crise parlementaire  et expérimenter avec le Projet Aladin le laboratoire du vivre-ensemble ».

Dans une Belgique déchirée par les conflits communautaires entre flamands et wallons, accueillant des communautés marocaine et turque importantes ainsi que la plus grande communauté juive orthodoxe d’Europe, le dialogue interculturel est plus qu’ailleurs d’actualité. C’est pourquoi plusieurs personnalités belges comme le Professeur Thomas Gergely, l’historien Joël Kotek, la députée Viviane Teitelbaum, mais aussi l'Imam Abdelhady Hassany, le Professeur  Mohamed Jamouchi, le comédien Sam Touzani, Monseigneur Guy Harpigny et bien d’autres encore ont jugé nécessaire d’ouvrir une antenne du Projet Aladin en Belgique dont le coordinateur est Hubert Benkoski.

 « La lutte contre le négationnisme est une bataille gagnée en Occident », affirme Serge Klarsfeld, président de l’Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France. « Ce n’est pas le cas dans le monde islamique. Il était donc raisonnable et nécessaire de traduire des grands livres classiques sur la Shoah, mais aussi d’écrire des ouvrages sur l’histoire des communautés juives dans les pays du monde arabo-musulman. Qui se souvient que Bagdad fut un temps la capitale du monde juif ? »

C’est pourquoi Rachid Benmokhtar, ancien Ministre de l'Education Nationale au Maroc, aujourd’hui Président de l'Observatoire de l'Initiative Nationale du Développement Humain a longuement parlé jeudi dernier des racines communes entre Juifs et Musulmans : « Des mots d’origine juive sont utilisés dans la langue arabe, des chants écrits par des auteurs juifs rythment encore aujourd’hui les mariages musulmans et les grandes fêtes patriotiques marocaines, mais même le Code de la famille juive réformé en 1937 ressemble étrangement au Code de la famille musulmane de 2004 ». Il a déploré l’absence de transmission de cet héritage commun par le système éducatif : « Lorsque j’étais président de l’Université Al Akhawayn, j’ai eu des débats avec des étudiants à propos de la construction d’une synagogue et d’une église au sein de l’Université, et je me souviens avec étonnement que les jeunes pensaient que les Juifs étaient arrivés au Maroc ‘dans les valises des Français’ ».

L’enjeu du Projet Aladin est bien celui de l’éducation, et celle des jeunes avant tout. « Il faut faire confiance à la jeunesse », a expliqué Anne-Marie Revcolevschi, présidente du Projet Aladin en racontant la réaction de nombreux enfants après avoir visité les camps d’Auschwitz-Birkenau. Plusieurs ont dit : « On a vu des chaussures d’enfant », sans préciser que c’étaient celles d’enfants juifs morts dans les camps. Qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens et âgés de dix ans à peine, « ils avaient immédiatement imaginé leurs propres chaussures, celles de leurs petits frères et sœurs, et compris que la Shoah était un drame universel, un crime contre l’humanité qui les concernait tous ».

Mehdi Benallal, jeune étudiant fondateur du Comité Judéo-Marocain pour l'Amitié et le Dialogue, qui travaille localement au dialogue entre les communautés, a ajouté : « Le dialogue judéo-musulman suscite beaucoup d’enthousiasme chez les jeunes des deux religions. Le repli identitaire ne provient pas des individus, mais des structures sociales et des difficultés socio-économiques ».

Refuser l’endoctrinement, éduquer,  dialoguer avec l’Autre pour mieux le comprendre, tel est le credo du Projet Aladin. Le Professeur Thomas Gergely approuve cette ligne de conduite : « L’heure est venue d’abolir la tolérance car derrière la tolérance il y a la condescendance et l’indulgence. Il doit s’agir plutôt d’une connaissance partagée ». Et Anne-Marie Revcolevschi de témoigner : « Avant de m’engager dans le Projet Aladin, je ne connaissais pas du tout le monde musulman. J’étais endoctrinée. Et c’est pour moi une immense victoire d’avoir appris à comprendre l’Islam, d’avoir réalisé que l’Islam, ce n’était pas uniquement le Djihad ».

Plusieurs personnes dans la salle ont tenu à témoigner de leur propre expérience du rapprochement interculturel. Une jeune femme  voilée a confié comment la rencontre avec son premier ami Juif il y a quelques mois avait changé son regard sur la communauté. D’autres ont fait des propositions. Un instituteur est intervenu pour suggérer de mettre en place un projet éducatif à l’école primaire pour l’acceptation de l’autre. Un imam a demandé à découvrir les lieux de culte juifs tout en promettant de laisser ouvertes les portes de sa mosquée.

Au total, c’est plus d’une centaine de personnes qui ont signé l’appel à la conscience d’Aladin et demandé à rejoindre l’Association des Amis belges du Projet Aladin.