Par Saliba Sarsar
Une musulmane américaine, se tenant aux côtés de son nouvel ami sioniste américain, allume une bougie le 20 avril dernier - veille de la journée de commémoration de l'Holocauste - à la mémoire de ceux qui ont péri pendant la Shoah. Juifs, Musulmans, Druzes et d'autres encore venus d'Israël, du Canada et des Etats-Unis regardent attentivement la flamme, placée au centre d'une image représentant la terre imprimée sur un tissu, vaciller dans l'obscurité.
Trente-trois personnes ont participé à la conférence''Sustained Dialogue Groups in Dialogue'', qui s'est tenue à Monmouth University dans le New Jersey, du 19 au 21 avril. La réunion a permis aux représentants des groupes de dialogue entre juifs et musulmans établis à travers tout le pays de se rencontrer et d'échanger les leçons de leurs expériences, les meilleures méthodes, mais aussi de discuter des principes et moyens communs pour établir un réseau de relations. Le dialogue durable est important car il cherche à transformer les relations sur le long terme.
Les yeux des participants se remplissaient de larmes à mesure que la jeune femme musulmane américaine lisait à haute voix:
« Je jure de ne jamais oublier la vie des hommes, des femmes et des enfants juifs symbolisés par cette flamme. Ils ont été torturés, brutalisés par des êtres humains qui se sont comportés comme des bêtes sauvages; leur existence leur a été enlevée de façon cruelle... souvenons-nous non seulement de l'effroi causé par leur mort mais aussi de la splendeur de leurs vies. »
Non seulement cet acte simple mais profond commémore le passé, mais il fait aussi voler en éclats les stéréotypes et recentre la pensée et l'action autour de la compréhension et du pardon, de la passion et de la compassion et de la confiance et de la coexistence.
Deux participantes à la conférence, l'une Arabe américaine, l'autre Juive américaine, étaient membres de Zeitouna (''olivier'' en arabe), un groupe de dialogue durable composé de femmes arabes et juives à Ann Arbor dans le Michigan. Elles ont expliqué comment elles ont refusé d'être ennemies et comment, grâce à une transformation personnelle, à l'enseignement d'autres personnes et au développement du discours politique, elles défendent un avenir viable pour la Palestine et Israël.
Avant de devenir membres de Zeitouna, chacune des deux participantes appartenaient au camp opposé de l'autre, idéologiquement et socio-politiquement - l'une ayant survécu enfant à l'Holocauste et l'autre étant réfugiée palestinienne. Leur engagement pour la justice sociale et leur activisme en faveur de la paix les ont aidées à vaincre l'ignorance et la peur de l'autre.
Les membres des groupes de dialogue commencent leur parcours là où ils vivent et où ils travaillent, dans leurs propres communautés. Par le biais de conversations nourries, de rassemblements sociaux et d'activités culturelles, ils chassent les peurs de l' « autre », réduisant ainsi le sentiment d'hostilité et favorisant une plus grande compréhension de la réalité. Même si certains d'entre eux sont loin d'Israël et de la Palestine, il ne faut pas sous-estimer leur influence car ils informent le grand public, prêchent pour une politique basée sur les relations qui tient compte des intérêts des deux parties et participent, notamment financièrement, au bien-être des Israéliens et des Palestiniens.
Cet engagement pour le dialogue et pour ce processus de paix public est aussi au coeur du groupe de dialogue entre juifs et musulmans de San Mateo en Californie. « Le dialogue durable, qui s'accompagne d'une écoute attentive pour apprendre, n'est pas un passe-temps mais un mode de vie'», ont expliqué trois de ses co-fondateurs lors de la conférence. L'éternelle réunion en groupe restreint, l'apprentissage et l'initiation ont lieu entre membres de la société civile en dehors du gouvernement, créant ainsi une base essentielle à l'entente.
Seize années d'expérience et 205 réunions leur ont appris que le dialogue ne porte ni sur la victoire ni sur la défaite et qu' « un ennemi est celui dont nous n'avons pas entendu l'histoire ». En incluant toutes les perspectives, et pas simplement quelques-unes aux dépens d'autres, ils génèrent la confiance puis le savoir, la compassion et la créativité, du jamais vu, pour façonner une culture de paix s'inscrivant dans la durée.
Alors que les représentants de chacun des onze groupes de dialogue durable présentaient leur travail à la conférence de Monmouth University, il devint clair que le dialogue n'était pas facile. Il peut permettre u sentiment de libération et de reconquête de soi, mais fait aussi place à des récits contradictoires et à une douleur émotionnelle. Cependant, tel un égalisateur de pouvoir, le dialogue finit par rétablir la symétrie dans les relations et permet aux participants de mettre l'accent sur les ressemblances.
Le but du dialogue n'est pas de parvenir à un accord. En racontant et racontant encore, en partageant des émotions, les personnes participant au dialogue deviennent émotionnellement impliquées et progressent sans « murs, ni postes de contrôle ». De nouvelles réalités apparaissent. Ce processus « peut être blessant mais pas injurieux », déclare un palestinien américain participant à la conférence lors d'une séance de dialogue. Un juif américain ajoute : « Il n'est pas nécessaire que tu aies tort pour que j'aie raison! ».
Notre responsabilité personnelle et collective n'est pas de modifier ou de compromettre notre identité pour changer nos perspectives mais plutôt, comme le pense un participant bouddhiste, « de transcender notre identité afin de parvenir à un terrain d'entente avec l'autre ».
La transcendance nous permet de travailler sur le paradoxe du désespoir sur le terrain et de trouver l'espoir dans le dialogue. En fin de compte, nous devenons les défenseurs de beaucoup de peuples - Arabes et Juifs; Palestiniens et Israéliens; Juifs, Chrétiens et Musulmans - de la même façon.
La consolidation de la paix au niveau des populations locales vient parachever l'établissement de la paix au niveau du leadership politique. Après tout, lorsqu'un accord de paix est signé, ce sont les personnes qui doivent vivre la paix... ensemble.
Source: www.emarrakech.info



