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Extrait du discours du Premier ministre
"La présence de Georges LOINGER ce soir nous invite naturellement au souvenir et à la mémoire. Son parcours exceptionnel inspire humilité, respect, admiration. Monsieur, vous avez sauvé des centaines d'enfants en les faisant passer en Suisse. Votre courage est pour nous une source d'inspiration.
A mesure que s'efface peu à peu, avec les témoins de cette époque, la mémoire vécue du génocide, notre responsabilité vis-à-vis des générations futures s'accroît. Plus que jamais, nous devons résister à ceux qui cherchent à banaliser la Shoah. Plus que jamais, nous devons préserver les lieux physiques de la mémoire.
Il existe des inquiétudes au sujet du financement de la Fondation Auschwitz-Birkenau. Je veux vous dire que la France ne laissera pas l'indifférence effacer le lieu symbole de la pire horreur qu'ait généré l'humanité.
La France est prête à en prendre toute sa part du financement nécessaire à sa préservation. Il s'agit d'un enjeu pour tout le continent européen : Auschwitz est un lieu de mémoire essentiel pour l'Europe. Il symbolise notre volonté commune de ne plus jamais revoir l'intolérable, le règne de la barbarie absolue en Europe.
C'est la raison pour laquelle je viens d'écrire au président Barroso pour lui demander qu'il propose au plus vite au Parlement européen et au Conseil une contribution significative du budget de l'Union européenne à la Fondation Auschwitz.
Mais la France sera elle-même au rendez-vous. Je veux qu'elle assume son rôle. J'ai confié à Simone VEIL une mission, qu'elle a bien voulu accepter, pour me faire des propositions sur la meilleure façon de répondre à la demande polonaise.
En France, je souhaite que la reconnaissance d'utilité publique, en février 2009, de la Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Éducation permette de concrétiser le projet d'aménagement du seul camp d'internement français et de déportation encore intact et aménageable.
Je salue également l'initiative de la Fondation pour la mémoire de la Shoah qui va créer prochainement, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, un centre d'Histoire et de Mémoire à Drancy, antichambre de la mort pour l'immense majorité des déportés depuis la France.
Le devoir de mémoire passe aussi par la transmission du témoignage et la lutte contre le négationnisme.
A travers son réseau diplomatique, la France s'est engagée dans ce combat. Hier à Casablanca et Tunis, demain au Caire, le 7 février à Bagdad, nos instituts culturels à l'étranger organisent des soirées autour de l'œuvre de Primo Levi, avec notamment le concours d'intellectuels arabes et celui de ce militant inlassable de la mémoire qu'est Serge KLARSFELD. Je voudrais citer le remarquable travail du réseau d'ONG Aladin, qui a notamment assuré la traduction en arabe et en persan d'œuvres majeures comme celles de Primo Levi ou d'Anne Frank.
Eduquer, sensibiliser, transmettre, tel est le sens de la proposition, formulée devant vous il y a deux ans par le Président de la République, sur l'enseignement de la Shoah en classe de CM2. Une instruction reprenant les orientations du rapport Waysbord a été diffusée et de nouvelles ressources ont été élaborées.
Une base de données sur 11 400 enfants juifs déportés, accessibles aux enseignants, a été développée par le Mémorial de la Shoah.
Ces nouvelles ressources ont permis de relancer et renouveler l'enseignement de la Shoah à l'école et d'en rappeler la dimension universelle.
La France assume pleinement son histoire, avec sa part, d'ombre que nous connaissons tous, mais aussi ses parts de lumière, comme l'aide apportée aux Juifs par tous les « Justes » de notre pays, qu'ils soient croyants ou athées.
La France a reconnu sa responsabilité dans la déportation des juifs et l'a assumée à travers notamment la création en 2000 de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, en réparation des préjudices causés, et grâce à l'entière restitution des sommes spoliées qui étaient restées sans ayant-droits. En moins de dix ans, la Fondation a joué pleinement son rôle. 150 millions d'euros ont été affectés pour soutenir le Mémorial de la Shoah ainsi que pour aider plus de 1 700 projets dans les domaines de la solidarité envers les survivants, de l'histoire, de la mémoire, de l'enseignement de la Shoah, de la culture juive.
Depuis 10 ans, la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS) a restitué plus de 450 millions d'euros à des dizaines de milliers de requérants. Je salue le travail de cette remarquable institution.
Enfin, j'ai décidé en août dernier de revaloriser la rente aux orphelins de parents déportés, fusillés ou abattus en tant que juifs créée en 2000. Elle le sera chaque année jusqu'en 2012."



